Mohamed VI : sur l’asthme, ça tique

Quatre directeurs de journaux ont annoncé ce mardi avoir démissionné de la Fédération marocaine des médias (FMM). Depuis une semaine, les interrogatoires policiers et les mises en cause judiciaires ne cessent de pleuvoir. La raison ? L’interprétation par le journal Al Jarida Al Oula d’un communiqué sur la santé du roi. Les interdits sur l’évocation de la personne de Mohamed VI posent problème, et leur justification religieuse a surtout pour conséquence de brider la liberté de la presse.

La presse marocaine indépendante est en ébullition. Les directeurs de quatre publications indépendantes ont apporté leur soutien à Ali Anouzla , directeur du journal Al Jarida Al Oula, mis en cause par la justice marocaine pour un article sur la santé du roi Mohamed VI. Abdallâh Chenkou (Le Canard Libéré), Abderahim Ariri (Al Watan Alaan), Mohamed Hafid (Al Hayat Al Oussbouiya) et Idriss Chahtane (Al Michaâl) ont démissionné samedi de leur poste au bureau exécutif de la Fédération marocaine des médias (FMM). Cette décision fait suite à un communiqué de la FMM du 3 septembre qui explique que « la sphère privée du souverain [Mohammed VI] devient, pour certains titres, un véritable fonds de commerce dont on n’hésite pas à exploiter les retombées en termes de gains ». Le directeur d’Al Hayat Al Oussbouiya, Mohamed Hafid, déclare à l’AFP que les membres du conseil exécutif « n’ont pas été consultés pour la publication de ce communiqué », raison pour laquelle ils démissionnent. Autre sujet de critique de la part de Mohamed Hafid, la déclaration de la FMM a été publiée alors que le directeur d’Al Jarida Al Oula Ali Anouzla était encore entendu par la police, avec Bouchra Edaou, la journaliste auteure de l’article incriminé. Auditions qui auront duré pas moins de trois jours. Ils comparaîtront le 29 septembre.

Vague de convocations

Le procureur de Rabat a également lancé samedi une enquête « minutieuse » à propos des journaux Al Ayam et Al Michâal (premier tirage du Maroc), dirigés respectivement par Noureddine Miftah et Idriss Chatane, l’un des démissionnaires de la FMM. Les deux directeurs ont été entendus par la police, ainsi que les journalistes d’Al Ayam Maria Moukrim et Youssef Bajaja. Reporters sans frontières (RSF) « s’inquiète » sur son site de cette « nouvelle vague de convocations de journalistes ». A l’origine de cette frénésie judiciaire, l’article de Bouchra Edaou dans Al Jarida Al Oula, qui décrypte un communiqué officiel sur la santé de Mohamed VI. S’appuyant sur une source « médicale anonyme », la journaliste y explique que le repos de 5 jours pris par le roi suite à une « infection » bénigne serait en fait lié aux effets secondaires d’un médicament contre l’asthme.

Chacun garde en mémoire la saisie des numéros de Tel Quel et Nichane, doublée de l’interdiction de diffusion du quotidien français Le Monde, au mois d’août. Un sondage pourtant très positif sur la popularité du souverain avait causé la colère des autorités, arguant qu’il est interdit de critiquer la personne sacrée du roi. Directeur de publication du groupe Tel Quel, Ahmed Benchemsi déclarait alors que malgré « de grands progrès après Hassan II » existaient toujours « de gros dérapages ». Mohamed VI nous en offre une fois encore une illustration. Et le quotidien marocain Libération rappelle dans un article du 4 septembre la promesse gouvernementale d’organiser un « débat national sur la presse » au Maroc.

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