Mohamed Dib a tourné la page

L’écrivain algérien de langue française Mohamed Dib s’est éteint, vendredi, à l’âge de 83 ans dans son domicile de La Celle-Saint-Cloud (France). Il laisse derrière lui une oeuvre intense touchant à l’universel et une littérature algérienne orpheline.

La littérature algérienne perd l’une de ses plus grandes plumes. Mohamed Dib, 83 ans, est décédé vendredi dernier à son domicile de La Celle-Saint-Cloud, en France. C’est la radio nationale algérienne qui a annoncé la nouvelle, laissant parler sa fille, Assia :  » Il était fatigué et s’était mal remis d’une fracture au fémur. C’est le coeur qui a lâché, tout simplement « . Sur le site d’Algérie Action Culture, quelques messages d’internautes qui se sentent orphelins. Comme Adil Baghli :  » Dib est mort. Je suis triste. (…) Dans un silence assourdissant, le père du petit Omar s’en va… Je suis triste. J’aurais tant aimé le voir, honoré par les siens et par le reste du monde. Dib est mort. Omar restera toujours dans ma mémoire.  »

Omar, c’est le personnage principal que l’on voit grandir dans la trilogie qui a rendu l’écrivain célèbre : La Grande Maison (1952), L’Incendie (1954) et Le Métier à tisser (1957). Un triptyque dédié à sa ville natale, Tlemcen, à propos duquel Louis Aragon dira :  » L’audace de Mohamed Dib, c’est d’avoir entrepris comme si tout était résolu, l’aventure du roman national de l’Algérie « .

Langue adoptive

Né le 21 juillet 1920 dans la ville pieuse de l’ouest algérien, Mohamed Dib est instituteur de 1938 à 1940, puis comptable, traducteur et journaliste à Alger républicain et à Liberté, organe du Parti communiste. En 1959, il est expulsé d’Algérie par les autorités coloniales en raison de ses activités militantes. Il s’installe définitivement en France et commence une oeuvre multiforme : romans, nouvelles, théâtre, contes pour enfant, poèmes… en français.

 » Le français est devenu ma langue adoptive « , écrit-il dans L’Arbre à dires en 1989. Et il explique il y a deux ans au journal La Vie :  » Je me suis découvert et fait avec cette langue. Non pas de manière inconsciente et directe, comme ce qui se fait tout seul. C’est une marche, une longue marche. (…) La traversée d’une langue est une recherche de soi. Je suis toujours en marche vers cet horizon. Chaque livre est un pas de plus « . Au bout de ce chemin : il reçoit le Grand Prix de la Francophonie en 1994, attribué pour la première fois à un écrivain maghrébin.

Au bon plaisir de Mohamed Dib

Mohamed Dib, profondément algérien, touchait à l’universel.  » Cet homme d’un pays qui n’a rien à voir avec les arbres de ma fenêtre, les fleuves de mes quais, les pierres de nos cathédrales, parle avec les mots de Villon et de Péguy « , écrit d’ailleurs Aragon dans la préface de L’Ombre gardienne que Dib publie en 1961. Et si son dernier voyage en Algérie remontait à 1981, l’écrivain ne cessait d’être en relation avec la société algérienne et suivait de très près les soubresauts de son pays.

Discret, effacé sur la scène littéraire aussi bien française qu’algérienne, il n’a pourtant jamais cessé d’écrire et l’Année de l’Algérie en France a été (et sera) l’occasion de le mettre à l’honneur. Pour Hervé Bourges, président de Djazaïr 2003,  » il avait fait de la langue française un instrument de rêve et de clairvoyance à la fois, mariant la lucidité de ses romans à l’onirisme dépouillé d’une poésie bouleversante. Nous avons eu la joie et l’honneur de lui rendre hommage, dans le cadre de Djazaïr, les 25 et 27 janvier derniers, à Paris, par un colloque organisé à la Bibliothèque Buffon,  » Au bon plaisir de Mohamed Dib « , ainsi que par la lecture de L’Enfant jazz, montée au théâtre du Rond-Point « .

La Bibliothèque Nationale de France s’apprête à lui consacrer plusieurs journées autour d’une exposition :  » Visite guidée dans l’oeuvre de Mohamed Dib « . L’écrivain n’est pas encore mort.

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