“Mo Yaro”, plus qu’une chanson, un cri du cœur de Lass !

Lass (credit photo Bernard Benant, oct 21)
Lass

Depuis quelques années, il fait son chemin dans la musique sénégalaise dont il est l’un des dignes représentants, tant au pays de la Téranga même qu’ailleurs en Afrique et dans le monde. Son histoire, son parcours font de lui un parangon de détermination. Cette histoire motivante, celle d’un homme qui sait ce qu’il veut et où il va, Lass, de son vrai nom, Lansana Sané, nous la raconte. Il la raconte de sa propre bouche, dans le sillage du lancement, il y a quelques semaines, de son single “Mo Yaro”, et de la sortie, ce jour même, de son premier EP.

Afrik.com : Vous venez de lancer le morceau “Mo Yaro” sur les plateformes de musique. Racontez-nous l’histoire de cette chanson.

Lass: L’inspiration de “Mo Yaro” est née d’un constat général sur ce qui se passe maintenant dans ce monde. Un manque de transmission des bonnes valeurs à nos enfants. Je ne blâme pas les parents, car ils travaillent tard, reviennent fatigués et n’ont plus l’énergie de s’occuper convenablement de l’éducation ou de transmettre aux enfants les bonnes valeurs.

Quel message véhicule-t-il ?

Chaque enfant doit rendre fiers ses parents. J’ai travaillé toute ma vie pour rendre fiers mes parents. Malheureusement, ils ne sont plus là et j’attends que mes enfants fassent la même chose aujourd’hui pour moi. Respecter et rendre fiers les parents, c’est la base de notre éducation chez nous en Afrique, et c’était le cas en Europe avant aussi, je crois. Heureusement, on trouve encore beaucoup de gens qui conservent ce genre de valeurs, d’ailleurs. Il ne faut pas laisser la télé et les réseaux sociaux nous remplacer et éduquer nos enfants à notre place.

Que signifie pour vous chanter en wolof ?

Je chante en wolof alors que je ne suis même pas wolof ; je suis Diola du sud du Sénégal, la Casamance que j’adore. Mais, je trouve naturellement l’inspiration de mes mélodies et
aussi l’écriture avec le wolof. D’ailleurs les Diolas me taquinent souvent en disant : «Mais pourquoi tu ne chantes pas en notre langue ?»

Un mot sur l’EP dont “Mo Yaro” est d’ailleurs un des titres ?

Je suis content de partager le travail de ces dernières années. Ce disque représente mon parcours depuis le début en France, le parcours d’un jeune Noir débarqué du Sénégal et qui a beaucoup galéré en France, les premières années, mais qui avait quelque chose à prouver. J’ai trouvé sur ma route des musiciens qui m’ont aidé à produire. Les gens qui m’ont donné, qui m’ont tendu la main quand j’étais tout en bas, ils sont tous sur cet EP : mon ami Bruno Patchwork, les super gars de SYNAPSON, SEBO Beats… Donc cet EP représente ma vie, mon parcours et j’en suis vraiment fier.

Justement, ce n’était pas gagné. À votre arrivée en France, vous avez failli abandonner la musique. Mais, vous avez tenu bon. Que s’est-il réellement passé ?

Je ne connaissais personne qui pouvait m’aider à faire de la musique, mais je savais que ma voix n’était pas commune, donc j’y croyais. Je me rappelle même que j’avais écrit un e-mail que j’ai envoyé sur Facebook à tous les artistes de Rhône-Alpes pour leur dire : « Bonjour ! Je suis un artiste sénégalais qui vient d’arriver et je cherche des contacts dans la musique ! » J’ai tellement emmerdé les gens que certains m’ont signalé et Facebook m’a même bloqué, considéré comme spam (Lol) ! Tout ça pour vous dire que j’ai vraiment dû me débrouiller seul au début. Comme il fallait bien manger, je suis parti faire une formation dans la sécurité incendie (SSIAP), jusqu’à ce que je rencontre Bruno Patchwork, David Commeillas et les gars de Synapson… Mais ça a pris des années. Parfois, le destin te demande d’être patient.

Où en êtes-vous avec l’aventure “Voilaaa” de Bruno Patchwork ?

L’aventure avec Voilaaa de Patchwork continue toujours. Voilaaa vient de sortir un album qui s’appelle « Voiciii » dont je suis single avec le titre Béne Béne La. Je suis sur la tournée partout en Europe avec eux. Tant que je peux participer, je le ferai, je ne lâcherai jamais les gens comme Bruno Patchwork qui ont cru en moi, quand personne ne me connaissait.

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