Miss Guinée Europe : couronne, arnaques et désillusions

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Cette élection devait être l’un des plus beaux jours de leur vie. Pourtant, pour certaines des prétendantes au titre de Miss Guinée Europe, le rêve a tourné au cauchemar. Cette cérémonie qui s’est déroulée samedi, à Londres, a brillé par son manque d’organisation suscitant la colère des participantes déjà échaudées par leurs conditions d’accueil.

18 heures. Aissata se masse les mains avec une lotion parfumée. Elle peint ses lèvres d’un rouge vif et se regarde dans son petit miroir de poche. A côté d’elle, à la table voisine, les quinze autres prétendantes au titre de Miss Guinée s’activent. Fatou essaye une dernière fois sa robe de soirée tandis que Yasmina laisse sa chevelure entre les mains expertes de la coiffeuse. Dans les coulisses, c’est l’effervescence. On rigole, on crie, on s’impatiente, on se jauge parfois. Ce soir, il faudra être la plus belle… mais à quel prix ?

Elles rêvaient de paillettes, d’hôtels quatre étoiles et de champagne. Pourtant en arrivant à Londres, ces jeunes filles âgées de 18 à 28 ans et venues pour la plupart de France ont très vite déchanté. «On était logées à une heure du lieu de la cérémonie. Personne n’était là pour nous surveiller. On était livrées à nous mêmes», témoigne une finaliste. Parachutées dans un hôtel insalubre où «le plafond dans une des chambres s’est écroulé» et où «les fuites d’eau» étaient fréquentes, les Miss ont commencé à paniquer. «Certaines voulaient même rentrer !», explique Binta. «Un jour, on a retrouvé nos bagages, devant l’hôtel, car l’organisateur de l’élection de Miss Guinée Europe n’avait pas payé», ajoute-t-elle.

20 heures. Thierno Diallo, drapé dans un boubou orange, court dans les couloirs du Cumberland Hôtel. Il donne des ordres, sourit, serre une main puis une autre. C’est un homme pressé. Il est toujours entre deux appels téléphoniques, entre deux discussions. Ce Guinéen de 42 ans, chargé de la mise en place de cet événement, n’a pas une minute à lui. C’est à peine s’il prend le temps de saluer «les filles» dans les coulisses.

Lâché par son principal sponsor Orange après le massacre du 28 septembre en Guinée, Thierno Diallo s’est retrouvé sans un sou pour organiser les élections. Pourtant, cela ne l’a pas empêché de continuer l’aventure en «l’honneur de la femme guinéenne». Deux jours avant la cérémonie, en dernier recours, il a sollicité l’aide de l’ambassadeur de Guinée au Royaume Uni, Lansana Keita. Résultat : on lui a prêté environ 6000 euros. «On espère pouvoir rembourser mais entre nous on préférerait qu’il nous donne cet argent», confie M. Diallo.

Deux mois tout juste avant cette élection, des Guinéens avaient été tués dans le stade de Conakry par des soldats de la junte au pouvoir. En hommage à ces victimes, l’organisation s’est fendue de quelques secondes de silence. Elle s’est officiellement engagée à reverser un pourcentage de la recette des billets d’entrée (d’une valeur de 55 pounds : 49 euros) à deux associations dont une fondation pour les jeunes filles vierges. Soit environ 25 euros.

Minuit. « La Miss Guinée Europe de l’année 2010 est… Aissata Soumah », lance Alicia Fall, l’animatrice de la soirée, sous les applaudissements des spectateurs. Dans le public, on dégaine les téléphones portables pour prendre les photos de la jeune fille, un peu surprise par sa soudaine popularité. La gagnante qui devait repartir avec un chèque de 1500 euros, une voiture et un an de soins beauté risque d’être déçue. « Elle n’aura pas la voiture ni son équivalent en argent dans les prochains jours », chuchote Thierno Diallo. Pour les 1500 euros, rien n’est encore sûr. L’organisateur a déjà eu du mal à rémunérer les deux stylistes : le Sénégalais Sadio Bee et la Burkinabè Fomia Ouattara. « Je suis arrivée jeudi du Burkina Faso. Thierno devait me rembourser la moitié du billet d’avion et pour l’instant rien n’a été fait », grogne la jeune créatrice qui se dépêche de ranger ses robes dans sa valise.

2 heures du matin. Après 40 minutes de trajet, le chauffeur de la limousine dépose les jeunes filles devant le Planet Nollywood. Une discothèque africaine très réputée, selon l’organisateur. Située sur Camberwel road, ce night club ne fait pourtant pas dans le haut de gamme. «  C’est un endroit assez chaud de la capitale. Il y a plusieurs règlements de compte », confie un videur londonien. Qu’importe, les finalistes s’engouffrent dans cette boîte de nuit pendant que d’autres, exténuées par la fatigue et l’énervement, attendent le taxi pour enfin rentrer à l’hôtel.

« Vive les femmes guinéennes pour que vive et prospère la nation guinéenne », a lancé Lansana Keita, lors du discours d’inauguration de la soirée Miss Guinée Europe. Une déclaration qui laisse perplexe au regard des conditions d’accueil des prétendantes au titre.