Mise au point d’Omar Ba: « Après la tempête ?»

Que n’ai-je pas lu et entendu ces dernières semaines sur ma personne ? On m’a prêté des intentions malsaines parce que j’ai écrit un texte il y a plus d’un an et demi sans préciser qu’il concernait ma vie et celle d’autres clandestins tapis dans l’ombre. A lire certaines réactions une erreur vaut bannissement. Mais ce procès ne m’atteint pas car il est l’œuvre d’individus ôtés de tout sens de la courtoisie et du débat. Quand on s’accroche à la forme sans oser parler du fond c’est qu’on n’a rien à dire. Mes détracteurs les plus prolixes n’ont pas encore questionné mon propos principal qui est que «l’immigration n’est pas la solution aux problèmes de l’Afrique». Je les y attends s’il est encore temps pour eux de se ressaisir.

Par Omar Ba

Entre ce que je suis et ce que je dis, nombreux sont ceux qui ont délibérément fait la confusion. Ils ont rejoint de camp des loups qui ont crié au scandale des semaines durant. Les lecteurs de mon livre «je suis venu…» ne sauraient adopter une attitude aussi simpliste. Je les en remercie. Le comble de la malhonnêteté est de parler d’un texte sans l’avoir lu, en se contentant uniquement de critiques (fondées ou non).
D’aucuns, qui se sentiront visés par mes présents propos, reprendront les insultes avant même de finir la lecture de cette note. Ce sont les mêmes qui, sous couvert de l’anonymat, déversent sur des blogs les pires horreurs et les pires accusations à mon endroit. J’aime mieux qu’on se montre au grand jour pour clarifier sa position, fut-elle hostile.

J’ai tous les défauts mais je suis loin d’être naïf. Mon discours sur l’immigration devait susciter la tempête à coup sûr. Mais j’espérais qu’elle provienne d’ailleurs que du côté de mes «compatriotes». Telle est ma plus grande surprise. Pour certains d’entre eux je suis un traitre. Qui ai-je trahi ? Sûrement une façon de penser dominante à laquelle je n’ai pas voulu souscrire. J’ai produit, avec sincérité, un discours à contre-courant de celui qui s’est imposé. Peut-être est-ce cela la «trahison» mais je l’assume parfaitement.
D’autres ont osé dire que je ternissais l’image de l’Afrique. Telle est l’accusation la plus molle. L’image de ce continent est écorchée depuis des lustres pour des raisons que je me garderai bien d’énumérer. Mon objectif est de lui redonner une certaine brillance. Mais j’ai le droit de le faire à ma manière. Ce continent n’appartient pas plus à un autre qu’à moi.

«Quiconque cherche la gloire s’inventera une vie autre que celle d’un clandestin»

L’épouvantail de la gloire a été agité. Je dirais juste que quiconque cherche la gloire s’inventera une vie autre que celle d’un clandestin. Qui connait un tant soit peu en quoi consiste cette vie ne l’utilisera pas pour se glorifier. Qui plus est, je ne suis pas une star des médias. Je ne me suis jamais vu en écrivain dans les années à venir. Il se trouve qu’à un moment donné, je me suis senti capable de participer au débat sur l’immigration. Je l’ai fait humainement. C’est-à-dire avec une certaine imperfection.

Ceux qui pensent naïvement que je me suis fait une fortune sur le récit «Soif d’Europe» n’ont qu’à déchanter. En dépit de toute la médiatisation, ce livre s’est vendu à moins de 2000 (deux mille) exemplaires en 1 an et demi. Sur chaque exemplaire j’ai environ 1,12 euros bruts. Faites le calcul. Aussi, j’ai renoncé à mes droits d’auteurs sur les 300 premiers exemplaires pour permettre la publication de ce récit qui me tenait à cœur. L’éditeur pourra confirmer. Alors s’il s’agissait pour moi de m’enrichir je n’allais pas écrire sur le même sujet cette année.

Les critiques ont aussi portés sur le ton que j’ai employé, qui n’est pas permis dans un monde aussi gêné quand il s’agit de l’immigration. Mais dire qu’il faut rêver d’Afrique n’est-ce pas reconnaitre à ce continent une certaine valeur ? Affirmer qu’il y a des morts (inutiles) dans des conditions atroces sur le chemin de la migration est-ce décrire une pure réalité ou cracher sur l’Afrique ? Je n’apprends rien à personne en disant cela. Je comprends que les tabous soient solides mais je suis persuadé qu’il faudrait leur tordre le coup quelques fois. Je m’y suis employé. J’en frais les frais aujourd’hui.
L’Afrique peinera à avancer si, entre Africains, on ne s’avoue pas ce qui ne va pas. Trop souvent d’autres le font et on les accuse de racisme. Qui le fera si toute vérité dite sur l’Afrique, même par un Africain, est perçue comme un manque de respect ? Je préfère froisser, heurter, provoquer pour faire bouger les choses.

«Je suis fier de ce que j’ai écrit»

En s’attaquant à ma modeste personne certains se sont lourdement trompés de cible. Au lieu de souhaiter ma mise à mort médiatique, ils devraient vouloir celle de tous ces mensonges sur l’Europe qui font rêver et ôtent, par la même occasion, des vies à l’Afrique. Mon combat est là et pas ailleurs. Si pour cela je dois encore prêter mon flanc à la critique je continuerai à le faire.
Je constate que ma seule faute a été d’avoir produit un discours frontal, sans contenu idéologique et sans demi-mesure sur l’immigration. Je ne suis pas un menteur. J’aurais préféré l’être pour tranquilliser la conscience collective. Hélas j’ai relaté des faits réels qui se déroulent sous nos yeux et que bon nombre refusent de voir. Je n’ai pas voulu longtemps me vautrer dans un silence lâche et coupable. J’ai préféré la franchise. Je suis parfaitement réaliste. Je refuse d’être dans le camp des utopistes qui attendent passivement le jour où les frontières s’ouvriront pour laisser passer tout le monde. Ce jour n’arrivera pas. Autant prendre en considération cette réalité et tenter d’autres alternatives.

Je suis fier de ce que j’ai écrit dans «je suis venu…», qui est un message d’espoir pour l’Afrique. Je remercie tous ceux (journalistes et anonymes) qui m’ont donné une tribune pour le relayer. Aussi longtemps que j’aurai la force de défendre un tel message je le ferai avec plaisir. N’en déplaise aux adeptes du statu quo qui n’ont pas intérêt à ce que l’Afrique s’émancipe. Quant aux pratiquants de l’humanisme émotionnel, que leur resterait-il si on leur enlevait leurs victimes ?
Lorsqu’on me dit que je dessers la «cause» des clandestins, une telle accusation n’est pas sérieuse. Ces clandestins sont des fantômes dont les bien-pensants ne parlent que la larme à l’œil. Il y en a assez de l’hypocrisie, de l’infantilisation, de la victimisation, de la gêne honteuse, de la perplexité et du scepticisme.

Je suis déçu qu’on se soit focalisé sur les détails de mon parcours plutôt que sur la problématique de l’immigration, que j’analyse dans mon dernier livre. Mais rien ni personne ne réussira à me déstabiliser. J’en ai vu d’autres. Le lynchage peut continuer, je ferai avec. Je signale que je n’ai tué personne. Je n’ai détourné aucun fonds. Je ne suis coupable du massacre d’aucun peuple. De telles fautes qui ont cours en Afrique et ailleurs méritent bien plus d’attention. Mon seul tort est de m’être servi de ma modeste plume pour redonner un peu de fraicheur à un débat qui me paraissait sclérosé.
Je suis un jeune Africain. L’Afrique est mon âme. Je n’ai pas envie que perdure la catastrophe qui y sévit à tous points de vue. Cela dit, je suis un homme libre et je compte le rester : personne ne me dictera mes sentiments et mes opinions sur ce continent. J’ai l’impression qu’il y a une armée de vigiles chargée de défendre l’Afrique de toute attaque (réelle ou supposée). Je ne reconnais aucune légitimité à une telle armée. Ce continent ne se construira pas avec ces idéologues inertes. Ces gens sont sur le qui-vive, je suis dans la proposition. Ils sont dans la victimisation, je suis dans l’action. Ils s’accrochent au passé, je suis dans l’avenir. Je les attends de pied ferme.

Lire aussi:

 Omar Ba ou la fausse histoire d’un immigré clandestin

 Omar Ba : « Je veux casser les stéréotypes sur l’eldorado européen »