Mini-sommet régional à Yamoussoukro sur la sécurité en Afrique de l’Ouest

Les ministres de l’Intérieur de six pays de la sous-région se sont réunis hier, pour parler sécurité. Un premier pas vers une stabilisation des relations entre les gouvernements ivoirien, malien et burkinabé. Des relations mises à mal par la crise politique en Côte d’Ivoire et la vague de nationalisme qui traverse le pays. Un premier pas. Mais, Dieu que le chemin est long !

Un mini-sommet entre la Côte d’Ivoire et cinq de ses voisins a eu lieu jeudi à Yamoussoukro. Les six nations se sont engagées à ne pas servir de  » base arrière  » à des actions de déstabilisation. Cette rencontre des ministres en charge de la sécurité intérieure intervient moins de trois semaines après une tentative de coup d’Etat dans laquelle Yamoussoukro avait dénoncé  » des appuis extérieurs « . Cette réunion des ministres de l’Intérieur ivoirien, béninois, burkinabé, nigérien, malien et togolais doit apaiser les tensions régionales dues à cette tentative de putsch.

Selon nos informations, elle à été décidée en marge du récent sommet France-Afrique de Yaoundé, au cours des conversations nouées entre le président de la Côte d’ivoire, Laurent Gbagbo, et ses homologues des pays voisins, dans un climat tendu. Les accusations ivoiriennes n’ont guère été appréciées par les ministres de l’Intérieur malien et burkinabé, Jibril Bassole et Tiécoura Doumbie.  » Jamais nous n’avons été saisis officiellement de cette question et à notre connaissance tout se serait passé sur le territoire ivoirien  » a lancé ce dernier à la presse, dissimulant mal son exaspération.

Si ce n’est toi, c’est donc ton frère

Une mauvaise humeur perceptible à Ouagadougou :  » Si ce n’est pas de la faute du Burkina, c’est de la faute du Mali. Depuis les déclarations de Wade, les Sénégalais sont montrés du doigt. Qu’à l’avenir Kérékou (président du Bénin – Ndlr) fasse une remarque sur le sort de ses ressortissants, les Ivoiriens l’accuseront de fomenter un putsch à Abidjan ! « , s’énerve un contact au ministère de l’Intérieur burkinabé. Quelque 40% des 16 millions d’habitants en Côte d’Ivoire ont émigré des nations périphériques afin de trouver un avenir dans un pays longtemps considéré comme le havre de paix et de prospérité de la sous-région.

C’est dire si, en l’état du contentieux, la plupart des tractations ont eu lieu entre la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Mali qui ont une frontière commune et dont les populations sont impliquées dans la crise ivoirienne.

Outre la question de la sécurisation des frontières et l’engagement de chacune des parties à  » démanteler les bases arrières  » de factieux éventuels, des engagements ont été pris en faveur de la libre circulation des personnes et des biens. Au ministère des Affaires étrangères ivoirien, on affirme que les participants sont allés plus loin en créant des  » cellules de police transnationales, chargées de lutter contre la criminalité organisée, qui se réuniront tous les six mois « .

La même source affirme que la question de la sécurité des minorités d’origine burkinabée et malienne en Côte d’Ivoire, n’était pas à l’ordre du jour. Commentaire lapidaire :  » Nous n’avions pas à en parler, car il n’y a pas d’agressions, ni de massacres d’étrangers. Ca, c’est du lynchage médiatique, orchestré par la presse internationale « .

A Ouagadougou, on rétorque que les autorités ivoiriennes ont donné des assurances sur la sécurité des ressortissants burkinabés, mais que, dans le même temps,  » la gare de Ouagadougou vient de recevoir cinq trains bondés de femmes et d’enfants, fuyant la Côte d’Ivoire « . Il faudra beaucoup plus qu’un document final (qui n’a pas encore été soumis aux présidences concernées), pour dissiper les rancoeurs.