Mines de RDC : le grand nettoyage

Les opérations militaires pour déloger les rebelles armés des mines de l’Est de la RDC ont commencé hier. Ce déploiement de l’armée fait suite à la décision du président Joseph Kabila d’en finir avec l’exploitation illégale des principales ressources de son pays.

L’armée congolaise se déploie depuis hier dans l’est de la RDC pour mettre un terme aux exploitations minières illégales. Cette manœuvre fait suite à la décision, la semaine dernière, de Joseph Kabila de suspendre l’exploitation minière pour une durée indéterminée dans trois provinces de l’Est de la RDC, Nord-Kivu, Sud-Kivu et Maniema. En effet, les mines de RDC sont majoritairement contrôlées par des groupes rebelles armés qui s’appuient sur le soutien de certaines autorités locales, provinciales, et nationales, tant civiles que militaires, pour exploiter illégalement les substances minérales du riche sous-sol de la RDC : cassitérite -étain, utilisé dans la soudure-, coltan -utilisé dans les téléphones et ordinateurs portables-, et or.

Le chef d’état-major des Forces armées de la RDC (FARDC), le général Didier Etumba, s’est rendu mardi à Walikale, chef-lieu du territoire éponyme situé dans l’ouest de la province du Nord-Kivu (est), pour lancer les premières opérations militaires. En effet, près de Walikale se trouve la mine de Bisié, d’où provient environ 70% de la cassitérite de la province.

Des cibles multiples

« On doit en finir avec les rebelles hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui ont fui d’autres territoires pour le Walikale, recouvert par la forêt équatoriale », a déclaré un porte-parole militaire.

En effet, selon un rapport de l’ONU publié en novembre 2009, l’exploitation par les FDLR de la cassitérite et de l’or dans les deux Kivu fournirait à ce mouvement « des millions de dollars de financement direct ». Effectivement, bon nombre des gisements miniers sont sous le contrôle de groupes armés reliés aux rebelles hutus rwandais. Mais pas seulement. Certains officiers de l’armée congolaise, notamment d’ex-membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un groupe rebelle tutsi rallié à Kinshasa début 2009, et dont la majorité des combattants ont été intégrés dans l’armée, tirent aussi profit de l’exploitation de certaines mines, notamment celle de Bisié.

Cette nouvelle campagne menée par le chef de l’Etat congolais intervient après que la situation se soit aggravée au cours des dernières semaines dans les Kivu, où, selon l’ONU, plus de 500 viols systématiques ont été commis de fin juillet à fin août, principalement par des groupes armés.

La situation est donc complexe et le ministre des mines, Martin Kabwelulu, a d’ailleurs déclaré à l’AFP que les opérations militaires dureraient au moins un mois. Au grand dam de John Kanyoni, président de la corporation des comptoirs miniers du Nord Kivu, qui espérait mardi sur RFI que la fermeture des mines ne durerait pas longtemps, la survie de milliers de Congolais dépendant de ce secteur d’activité.