Micro-crédits pour les prostituées mauriciennes

Comment sortir les femmes de la prostitution ? L’Ile Maurice a décidé d’apporter une réponse originale à un problème universel. Faire accéder les prostituées au crédit afin qu’elles montent leur propre affaire. Et sortent de leur dépendance financière.

Réinsertion, réhabilitation. Ces mots n’ont pas fini de susciter méfiance et scepticisme. Et pourtant. Si pour une fois on inversait le problème? Et si au lieu d’exiger des preuves avant d’accorder sa confiance, on faisait le contraire. Peut-être tiendrait-on là le secret de la réhabilitation. C’est en tout cas le pari audacieux qu’a relevé récemment l’Ile Maurice. Plus précisément ses ministères de la Santé et des Droits de la femme. Ils viennent conjointement de décider que des femmes désireuses de quitter la prostitution pourraient accéder aux micro-crédits mis en place l’année dernière par le ministère des Finances pour aider les plus démunis à la création d’entreprises. Un crédit de 50 000 roupies au maximum déjà accessible à tous les hommes et les femmes de 18 à 55 ans dont le revenu familial mensuel n’excède pas 6 000 roupies.

Expérience-pilote

Cette décision est l’aboutissement d’une réflexion engagée il y a déjà quelques mois lors d’une réunion du Comité national contre le sida. Lassé de ne faire que distribuer des préservatifs et inciter les prostituées à se protéger, le Comité s’est mis à réfléchir aux moyens de réhabiliter les prostituées qui le désiraient. Et a conclu après avoir envisagé toutes les possibilités que le système de micro-crédits était le moyen le plus simple et le plus rapide puisqu’il existait déjà.

 » Nous avons sélectionné une vingtaine de prostituées que nous avons interrogées sur leur volonté de quitter la prostitution, sur l’argent qu’elles consacrent à la drogue… Sans leur parler précisément du projet « , explique le docteur Ning Mang Son, directeur de l’Aids Unit du ministère de la Santé.

Fini la prostitution, vive les poules !

Au terme de cette enquête, il est apparu que nombreuses étaient celles qui ne voulaient pas quitter la prostitution de crainte de régresser financièrement. D’autres ont été écartées en raison de leur toxicomanie qui les aurait empêchées de mener à bien un projet. Mais deux candidates ont été retenues qui ont d’ores et déjà rempli les formalités au ministère des Droits de la femme et vont bientôt obtenir les fonds nécessaires au lancement de leur projet.

Aids Unit précise que parmi les critères de sélection, les appuis familiaux ont une grande importance.  » Par exemple une jeune fille de 19 ans a été écartée du projet parce qu’elle était orpheline, sans frère ni soeur et n’avait jamais été scolarisée. Un tel projet aurait été trop lourd pour elle « , assure le directeur d’Aids unit. L’une des deux candidates a décidé de créer un poulailler avec l’aide de son père. Projet bien avancé puisqu’elle a déjà établi la liste des matériaux nécessaires, fait un budget et trouvé un lieu. Quant à la seconde, elle souhaite monter avec son mari une cantine, mais n’en est qu’au début du projet. Une fois les projets engagés, le suivi sera assuré grâce à des conseils techniques et des visites d’officiers du ministère des Droits de la femme.

 » Pour l’instant, il s’agit d’une expérience-pilote, précise Ning Mang Son. Mais ce que nous voulons à terme, c’est faire des émules. Nous voulons montrer par le succès de ces deux filles qu’il est possible de se sortir de la prostitution.  »