Merci Alpha Blondy

Le reggae man ivoirien revient avec un album, Merci, plus roots que jamais. Alpha Blondy a gardé sa colère intacte, sa rébellion efficace. Toujours mélodieuse, sa musique s’est assagie. Un album serein et paisible.

L’auteur de  » Brigadier Sabari  » s’est assagi. Son verbe est devenu plus posé. Alpha Blondy a opté dans son dernier album, Merci (EMI), pour un ton détaché, désabusé. Un révolutionnaire fatigué. Il conserve son idéal mais il a cédé au pessimisme. Sa musique, toujours mélodieuse, est plus roots que jamais. Comme si le chantre de l’afro-reggae avait besoin de se réfugier dans un endroit sûr. Une envie de vivre hors du temps. Un désir de vie simple.

 » Quatre-vingts pour cent/ de nos présidents/ Sont des marionnettes/ L’Occident tire les ficelles/ Les Marionnettes font du zèle/ Le pouvoir leur monte à la tête/ Moi j’ai peur des mitraillettes/ Ne me parlez plus de politique/ Je veux sauver ma vie « , chante-t-il dans Politruc. Une façon habile de dire son écoeurement devant la situation politique africaine. Où la démocratie tarde à s’ancrer.

Aux racines du mal

A la première note, on reconnaît le son Alpha Blondy. Ses chansons sont assez égales. Un seul souffle. Sans être révolutionnaire, l’album recèle quelques choix risqués. Dans sa première chanson, Wari, il donne le change au groupe rap français Saïan Supa Crew. Une audace payante. Et l’introduction de la guitare électrique, même si elle fait sursauter les puristes, n’est pas choquante. Loin s’en faut. Le dosage savant donne une fraîcheur agréable, une naïveté recherchée, à l’ensemble de l’album. Un air de déjà entendu.

Alpha Blondy lance avec cet album plein de clins d’oeil. A son public qu’il remercie et -humour froid- à ses adversaires, avec une ironie mordante. Le Merci d’Alpha Blondy est à prendre au second degré. L’artiste ivoirien y excelle dans l’art de tourner en dérision les valeurs bourgeoises.  » Qui a dit que l’argent ne fait pas le bonheur ? Sûrement pas [son] voisin du ghetto !  » Merci est grinçant, ironique, mélodieux.

Alpha Blondi, Merci, EMI 2002

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