Megarama Casa

Le plus grand cinéma d’Afrique vient d’ouvrir ses portes à Casablanca. Multiplexe à dimension pharaonique, le  » Megarama  » dispose de 14 salles pour une capacité totale de 3 650 places. A l’origine du projet, le coup de coeur d’un investisseur audacieux. Interview de Jean-Pierre Lemoine, amoureux du cinéma et entrepreneur averti.

Il fallait de l’audace pour rêver du Megarama. A l’heure où l’on parle de crise dans l’exploitation des salles au Maroc, où les investisseurs européens font les timides lorsqu’il s’agit de franchir la Méditerranée, Jean-Pierre Lemoine n’hésite pas. Il s’offre le plus grand cinéma d’Afrique. Le Mégarama de Casablanca vient d’ouvrir ses portes : 14 salles, une capacité de 3 650 places pour un montant total de 200 millions de dirhams ( 19,3 millions d’euros). Ce sexagénaire, propriétaire indépendant de multiplexes depuis plus de cinquante ans, aurait-il attrapé la folie des grandeurs ? Interview d’un homme d’affaire confiant.

Afrik : Comment avez-vous eu l’idée d’ouvrir ce multiplexe à Casablanca ?

Jean-Pierre Lemoine : C’est un pur hasard. J’ai un ami avocat à Los Angeles originaire de Casablanca. Un jour, en voyant les multiplexes que j’avais, il m’a dit que ce serait une bonne idée d’en construire un dans sa ville natale. Je suis venu voir. J’ai été séduit ! Et les études de marché ont confirmé la viabilité du projet.

Afrik : Le nombre de spectateurs marocains est en chute libre depuis dix ans. Cela ne vous a pas effrayé ?

Jean-Pierre Lemoine : Non. A mon avis, c’est un cercle vicieux. Comme il y a de moins en moins de salles au Maroc, il y a de moins en moins de spectateurs, forcément. Mais il y a aussi quelques salles qui marchent très bien. Nous comptons avoir entre 1 et 1,7 millions de spectateurs la première année.

Afrik : N’avez pas peur de voir trop grand ?

Jean-Pierre Lemoine : Si le cinéma veut se démarquer de la télévision, il faut qu’aller voir un film soit une fête. Les écrans doivent être géants. La qualité du son et de l’image, c’est essentiel. C’est Spielberg qui disait très justement que  » le son est la troisième dimension de l’image « . Disposer de 14 salles permettra de jouer aussi bien de grandes productions internationales que des films marocains ou européens. J’envisage également de soutenir la production locale. J’ai pris une carte de distributeur et de producteur.

Afrik : Qu’avez-vous prévu en terme d’infrastructures autour du cinéma ?

Jean-Pierre Lemoine : Il y a un bar d’entracte, évidemment. Nous avons aussi fait construire trois restaurants autour du multiplexe. Pour concurrencer les deux Mac Donald qui entourent déjà le cinéma, des gérants marocains sous franchise Quick, Pizza Dell’Arte et Brioche dorée vont les exploiter. En tout, le multiplexe aura donc créé 150 emplois.

Afrik : Selon vous, quels sont les avantages et, inversement, quelles difficultés rencontre-t-on lorsque l’on investit au Maroc ?

Jean-Pierre Lemoine : Il y a beaucoup de bonnes volontés chez mes collaborateurs marocains. Mais il y a parfois un petit problème de compétence. J’ai demandé à quatre Français de venir former le personnel sur place. Et je n’ai fait aucune publicité, volontairement. Le multiplexe a ouvert samedi dernier, et je suis content qu’il n’y ait pas eu foule dès le premier jour. Je préfère laisser au personnel le temps de s’habituer un peu.