Mbarka Bouaida : « Les réfugiés syriens ont été refoulés par l’Algérie »

La ministre marocaine déléguée des Affaires étrangères, Mbarka Bouaida, a tenu à rétablir sa vérité à propos du dossier des réfugiés syriens expulsés et bloqués à la frontière maroco-algérienne. Interview.

Pour Mbarka Bouaida, la ministre marocaine déléguée des Affaires étrangères, il ne fait pas de doute que, dans l’affaire des réfugiés syriens expulsés (par l’Algérie ou par le Maroc, ndlr), l’Algérie est de mauvaise foi. Elle estime que les autorités algériennes ne prennent pas leurs responsabilités et n’assument pas le fait d’avoir refoulés des réfugiés syriens à la frontière marocaine.

Afrik.com : Vous avez convoqué mardi l’ambassadeur d’Algérie à Rabat suite à l’expulsion, depuis dimanche dernier, de réfugiés syriens par le Maroc ou par l’Algérie – l’affaire est confuse – aux frontières. Que lui avez-vous dit ?

Mbarka Bouaida :
Depuis dimanche dernier, nous recevons au quotidien des groupes de réfugies syriens refoulés par les autorités algériennes et qui arrivent aux frontières fermées. Nous avons contacté l’ambassadeur pour l’informer afin que ces agissements cessent. Mais nous nous sommes rendu compte que la situation perdurait. Nous avons donc convoqué l’ambassadeur pour lui faire part de notre mécontentement. Ces réfugiés affirment pourtant avoir été refoulés par les autorités algériennes. Dans l’attente de trouver une solution, ce sont des ONG marocaines qui ont pris en charge ces ressortissants syriens.

Afrik.com : Les autorités algériennes ont à leur tour convoqué votre ambassadeur à Alger. Elles affirment que ces réfugiés se trouvaient bel et bien sur le territoire marocain…

Mbarka Bouaida :
Ce n’est ni sérieux ni viable comme argument. Ce n’est pas du niveau de deux Etats souverain qui se respectent.

Afrik.com : Ces réfugiés ont pourtant bien atterri quelque part…

Mbarka Bouaida :
Nous avons pris nos responsabilités et il est normal que le Maroc fasse part de son mécontentement. Vous savez, le Maroc a accueilli de nombreux réfugiés syriens. Nous sommes conscients du drame en Syrie et nous refusons d’utiliser ces réfugiés pour des opérations de manipulation. Je vous le répète, ces réfugiés ont été refoulés par les autorités algériennes. Dans le cas contraire, nous n’aurions pas fait appel à des ONG du pays pour s’occuper d’eux.

Afrik.com : Pourquoi est-ce que les chefs des deux diplomaties, MM. Mezouar et Lamamra ne discutent-ils pas entre eux plutôt que de s’attaquer mutuellement par voie de communiqués ?

Mbarka Bouaida :
La seule réunion ministérielle qui a eu lieu était à mon niveau, lorsque j’ai convoqué l’ambassadeur algérien. La réponse immédiate a été un communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères pour rejeter la responsabilité sur le Maroc. Or, ce n’est pas ce que l’on a demandé. Quand ce type de communiqué est publié, l’opinion et la presse s’enflamment, tout naturellement.

Afrik.com : Ces derniers temps, il y a eu plus de bas que de hauts dans les relations entre les deux pays. Croyez-vous en la paix politique entre le Maroc et l’Algérie ?

Mbarka Bouaida :
Oui j’y crois. Nous sommes deux peuples frères qui devront faire la paix un jour ou l’autre. L’Algérie est une nation sœur du Maroc avec laquelle nous partageons une éducation culturelle et familiale commune, et des intérêts communs. Je crois en la paix et le Maroc continue à appeler à la réouverture de la frontière afin d’assurer une meilleure coopération régionale.

Afrik.com : Pourquoi l’Algérie refuse-t-elle pour le moment de rouvrir cette frontière ?

Mbarka Bouaida :
Officiellement, les autorités algériennes affirment qu’il y a trop de trafic illégal en provenance du Maroc. Mais le gouvernement algérien doit savoir que les choses ont évolué depuis la fermeture de la frontière en 1994 et nous appelons à la réouverture des frontières.