Maximes de la révolution méthodique à l’usage de la jeunesse camerounaise

1 – Des espoirs aussi vagues que ceux que nous vendent certains compatriotes de l’extérieur sont le parfait équivalent de ce que nous connaissons actuellement le non-espoir ou le désespoir.

2 – Il faut éviter ce que l’on appelle en grammaire une faute par analogie. Les méthodes hâtives et mimétiques n’aboutiront qu’à des solutions provisoires, palliatives, où l’on verrait de propos délibéré une oligarchie remplacer une autre oligarchie, un clan chasser l’autre.

3 – Les grandes plantes sont longues à croître et n’exigeons pas que, dès qu’on a repiqué les plants, ils donnent sans délai de l’ombre et du fruit.

4 – On veut profiter des rayons de soleil, mais on leur reproche de ne pas entrer jusque dans notre chambre, c’est à nous de créer les conditions de notre épanouissement.

5 – Que chacun de nous se sculpte minutieusement et se réalise patiemment comme il rêve sa progéniture. Et, dans les laideurs et les tristesses même du système, nous commencerons déjà une merveilleuse révolution. Que ceux qui veulent marcher aillent satisfaire leur besoin au parcours Vita tous les dimanches, ils se feront à eux-mêmes un bien si grand que celui-ci ne manquera pas d’impacter leur environnement.

6 – Il y a eu plus de manifestants en France lors de la réforme des retraites ou l’adoption du CPE qu’il n’y en aura jamais dans toute manifestation camerounaise. Est-ce parce que leurs citoyens ont l’esprit plus civique, que leurs anti-émeutiers sont suréquipés et bien formés pour contenir ce genre d’événements que la qualification de ces manifestations serait là-bas une grogne et ici une révolution ?

7 – Juger notre vie politique à l’aune de ce qui se passe outre-Sahara et outre-Atlantique est une erreur, la réalité visible n’étant pas une science exacte. La démocratie est la « bonne à tout dire » de l’Occident post-néocolonialiste, il ne faut pas lui attacher de vertu magique. (Cf. Maxime 2)

8 – Quand on veut construire, qu’on s’intéresse au progrès, on ne peut pas emprunter le chemin inverse qui consiste à détruire, brûler, et tout vandaliser. Il faut s’armer de patience plutôt que de cailloux. (cf. Maxime 5)

9 – Commander une révolution depuis Washington, téléguider quelques affamés à coups de billets verts, c’est aller un peu vite parce que c’est voir d’un peu loin, c’est choisir pour arriver au pouvoir la loi du moindre effort, la facilité de la plus grande pente. La révolution est une œuvre de tous les instants, d’hier, d’aujourd’hui et de demain ; elle est une action incessante, une lutte quotidienne et sans merci contre ces forces d’exploitation et de manipulation tapies dans leur zone de confort. (Cf. Maxime 1)

10 – Il faut miner l’illusion lyrique d’un salut par la politique et accompagner la maladie d’idéalité qu’est la révolution par une révolte contre soi-même et un vomissement de nos propres turpitudes et nos pesanteurs sociologiques.

Auteur dramatique (Le Jeu de la Vengeance, sopecam)