Mauritanie, Sénégal et Mali traquent les assassins des touristes français

Alors que l’attaque contre cinq touristes français en Mauritanie n’a toujours pas été revendiquée, Nouakchott, Dakar et Bamako unissent leurs efforts pour traquer les coupables, désignés comme des terroristes islamistes.

La Mauritanie, le Sénégal et le Mali s’associent pour retrouver la trace des trois individus qui ont attaqué cinq touristes français, lundi dernier, dans la région d’Aleg, au sud-est de la Mauritanie, en tuant quatre. Le cinquième a été hospitalisé mercredi après son arrivée à Lyon, en France, en provenance de Dakar. Les coupables présumés se seraient rapidement réfugiés au Sénégal voisin, ce qui a poussé les trois pays frontaliers à collaborer.

« Nous n’avons pas encore localisé les fugitifs, c’est une longue traque. Il est possible qu’ils soient en territoire sénégalais mais nous n’en sommes pas encore sûrs », a déclaré à l’AFP le commandant Daouda Diop, chargé de la communication de la gendarmerie sénégalaise. L’armée malienne a par ailleurs « renforcé jeudi [son] dispositif de sécurité à la frontière avec la Mauritanie », longue de plus de 2 000 km.

Même si l’acte n’a pas été revendiqué, les autorités mauritaniennes continuent de privilégier la piste terroriste islamiste. En France, la justice a fait de même en ouvrant mardi une enquête préliminaire pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, assassinat et tentative d’assassinat ». Le parquet de Nouakchott avait annoncé lundi que deux des trois assaillants recherchés avaient été arrêtés en 2006 pour appartenance présumée au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).

Le précédent de Lemgheity

Le groupe terroriste algérien, rebaptisé Branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (BAQMI) et qui multiplie les attentats kamikazes au nord de l’Algérie, se serait déjà illustré en Mauritanie par le passé. Mokhtar Belmokhtar, considéré comme l’émir du groupe pour la « zone 9 », celle du Sahara, avait revendiqué en juin 2005 l’attaque commise le même mois contre une caserne militaire située à Lemgheity, au nord-est du pays, et qui avait fait une quinzaine de morts du côté de l’armée.
Mais les connaisseurs de la région étaient longtemps restés sceptiques.

Les journaux algériens avaient notamment accusé le régime Ould Taya d’avoir hâtivement accusé le GSPC, afin d’occulter ses difficultés internes, alors que Nouakchott avait été victime d’une tentative de coup d’Etat en 2004. Dans un mémorandum approuvé par l’Organisation mauritanienne des droits de l’homme, des intellectuels mauritaniens accusent les autorités d’avoir profité de l’attaque de Lemgheity pour justifier la restriction des libertés, dans le cadre de la lutte anti-terroriste, en réalité tournée contre les réformistes musulmans nationaux. Ils dénoncent par ailleurs dans l’attaque une manipulation visant au contrôle par des « lobbies » proches du pouvoir des trafics en tout genre qui pullulent dans cette région du Sahara.

Lors de l’attaque de la caserne militaire, les forces armées maliennes s’étaient déjà déployées à ses frontières avec la Mauritanie, alors qu’elle débutait des exercices avec l’armée américaine, présente dans le Sahel (Mali, Niger, Mauritanie et Algérie) pour lutter contre le terrorisme. Jeudi, ce sont les Forces françaises du Cap-Vert, des soldats français qui stationnent au Sénégal dans le cadre d’accords de défense datant de mars 1974, qui ont appuyé la gendarmerie sénégalaise dans ses recherches.