Mauritanie : Les criquets pèlerins entrent dans Nouakchott

La menace acridienne, qui gronde déjà sur la majeure partie du pays, vient de toucher la capitale mauritanienne pour la troisième fois consécutive depuis août dernier. D’envergure encore mineure, cette entrée des criquets dans Nouakchott n’en demeure pas moins préoccupante. Sans commune mesure avec la situation sur le plan national, notamment dans le Sud et le centre la Mauritanie touchés de plein fouet. Les moyens manquent pour faire obstacle par le biais de traitements antiacridiens.

Par Barbara Vacher

Les criquets avaient jusqu’alors épargné la capitale mauritanienne. Et pourtant, depuis samedi dernier, les citadins de Nouakchott peuvent apercevoir les nuisibles insectes dans les rues de la métropole, et ce pour la troisième fois depuis moins de trois mois. Cet essaim qui commence à envahir la première ville du pays, fait un sombre écho au fléau qui s’abat sur le reste du territoire, tout particulièrement le Sud, qui souffre d’une invasion acridienne des plus alarmantes. Face à une destruction massive des cultures et moissons (mil et arachide), de très lourdes conséquences sont à prévoir tant sur le plan sanitaire que sur le plan économique.

« Restons prudents »

A Nouakchott pourtant, le phénomène semble moins important que la dernière invasion en date (août dernier) et n’effraie pas les citadins, désormais habitués à de telles visites. « Ici, nous sommes très loin de ce qui se passe dans le Sud du pays, où la situation est plus qu’inquiétante et où les cultures sont entièrement dévastées et contaminées », rapporte le maire de la commune de Sepkha (Nouakchott). « Nous recommandons seulement à la population d’être prudente. On ne peut pas savoir comment la situation est susceptible d’évoluer », confie-t-il. Mohammed, commerçant, aperçoit quant à lui bien des criquets pèlerins dans son jardin, mais son magasin de tapis n’en souffre pas. « L’un de mes fournisseurs en produits finis qui vient de l’intérieur du pays a, par contre, été contraint de cesser son activité pendant trois jours à cause des criquets. »

Un risque croissant de catastrophe nationale

Une partie des surfaces du district de Nouakchott a bénéficié d’un traitement antiacridien. « Nous faisons avec le peu de moyens dont nous disposons », témoigne un responsable de la commune. Mais cela reste insuffisant pour parer une tragédie nationale. Le ministre mauritanien du Développement rural et de l’environnement, Ahmedou Ould Ahmedou, a déclaré mardi dernier à l’AFP que les dégâts concernaient entre 40 et 50% des cultures mauritaniennes et qu’un traitement de 40 000 ha par jour serait nécessaire pour freiner la propagation.

Les organisations onusiennes (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, UNICEF…) s’alarment des très lourdes conséquences de l’infestation quasi généralisée des cultures. Les surfaces infectées par les larves dépasseraient le million et demi d’hectares. De dangereuses conséquences sont à prévoir dans le pays, emprunt à de graves problèmes de malnutrition. La situation est jugée également préoccupante dans le reste de l’Afrique de l’Ouest : au Mali, au Niger, ainsi qu’au Sénégal, où sont arrivés dans le Nord du pays, depuis une semaine, des essaims roses en provenance de Mauritanie.