
Les relations entre le Mali et la Mauritanie connaissent un nouvel épisode de tensions diplomatiques. Bamako affirme que deux de ses militaires, enlevés par des groupes jihadistes, se sont échappés d’un camp de réfugiés situé en Mauritanie. Nouakchott rejette fermement ces accusations et dénonce une atteinte à sa souveraineté et à l’image du camp de M’Berra.
Le ton monte brusquement entre le Mali et la Mauritanie en ce mois de mars 2026. Une annonce de l’état-major des Forces armées maliennes (Fama) a mis le feu aux poudres, déclenchant une vive réaction de Nouakchott. Au cœur de cette discorde : le sort de deux militaires maliens qui, selon Bamako, auraient réussi à s’échapper d’un camp de réfugiés situé en territoire mauritanien alors qu’ils étaient aux mains de groupes djihadistes. Cette affaire vient fragiliser un équilibre régional déjà précaire et raviver des tensions que les deux voisins tentaient pourtant d’apaiser depuis plusieurs mois.
La version de Bamako et l’ombre de la forêt du Wagadou
Tout commence par un communiqué officiel de l’armée malienne publié le 15 mars. Les autorités militaires de transition affirment que deux de leurs soldats, enlevés le 9 octobre 2025 alors qu’ils étaient en permission, ont recouvré la liberté. Selon le récit de Bamako, ces « otages » auraient réussi à s’exfiltrer d’un camp de réfugiés en Mauritanie durant la nuit du 13 au 14 mars.
L’armée malienne attribue ce dénouement favorable à la pression exercée par ses opérations menées le long de la frontière et dans la zone stratégique de la forêt du Wagadou, un sanctuaire connu pour abriter des groupes armés terroristes.
L’indignation de la Mauritanie et la défense du camp de M’Berra
La réaction de la Mauritanie ne s’est pas fait attendre. Dès le lendemain, le ministère mauritanien des Affaires étrangères a exprimé sa « stupéfaction » et son « indignation ». Bien que le Mali n’ait pas explicitement nommé le site concerné, Nouakchott a immédiatement identifié le camp de M’Berra.
Situé au sud-est de la Mauritanie et abritant environ 160 000 réfugiés sous la supervision du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ce camp est un symbole de l’hospitalité mauritanienne. Pour le gouvernement mauritanien, insinuer que des groupes terroristes puissent y détenir des prisonniers constitue une offense grave à sa souveraineté et à son image internationale.
Un contentieux bilatéral de plus en plus pesant
Cette nouvelle crise s’inscrit dans un contexte de relations bilatérales déjà émaillées de frictions. Depuis la fin de l’année 2025, les deux capitales tentaient de gérer plusieurs différends, allant des expulsions de migrants maliens par la Mauritanie aux fermetures administratives de commerces mauritaniens au Mali.
Une rencontre entre le président de la Transition, Assimi Goïta, et le chef de la diplomatie mauritanienne avait pourtant laissé espérer une relance de la commission mixte bilatérale. Aujourd’hui, cette dynamique de rapprochement semble compromise par ces accusations d’une rare gravité.
Vers une escalade ou une médiation nécessaire
Face à ce qu’elle qualifie d’accusations « totalement infondées », la Mauritanie a prévenu qu’elle se réservait le droit d’activer toutes les mesures nécessaires pour défendre sa réputation et sa « vérité factuelle ». Alors que Bamako maintient sa version des faits, le risque d’un gel des relations diplomatiques plane sur la région.
La sécurité frontalière et la gestion des flux de réfugiés, enjeux cruciaux pour la stabilité du Sahel, dépendent pourtant d’une coopération étroite entre les deux États. Le silence ou la parole des organisations internationales présentes sur le terrain pourrait s’avérer déterminant pour clarifier les circonstances de cette exfiltration controversée.




