Mauritanie : L’industrie du tourisme en péril après une vague d’attentats

La Mauritanie est confrontée aux retombées financières de trois attentats terroristes, perpétrés entre décembre et février : le Paris-Dakar a été annulé, les investisseurs lui ont tourné le dos et les touristes sont deux fois moins nombreux à y passer leurs vacances.

« Nous attendions 15 000 touristes cette année, mais nous aurons même du mal à en avoir 6 000 », a indiqué Bâ Madine, ministre mauritanien du Tourisme. « Le gouvernement tente encore de trouver une solution à cette crise ».

L’un des attentats a coûté la vie à quatre touristes français près d’Aleg, dans le sud du pays, le 24 décembre 2007 ; il a été suivi du meurtre de trois soldats mauritaniens dans le nord-est, et d’un attentat à la mitraillette, près de l’ambassade israélienne de Nouakchott, au cours duquel trois personnes ont été blessées.

« Le 23 décembre, j’ai engagé 50 chauffeurs et 23 guides. Le 13 janvier, je n’en avais que 13, et le 27 janvier, je n’en ai fait venir que quatre. Ces événements dramatiques ont fait de la Mauritanie une ville fantôme », a estimé Kadi ould Mehdi, directeur de l’Agence de voyage des Mauritanides, à Adrar, la région la plus visitée du pays.

L’oasis d’Azougi se trouve à sept kilomètres d’Atar, capitale régionale, où des vols charters arrivent directement de France entre novembre et avril. Khadija Mint Bâ, patronne de l’auberge Medina, accueille habituellement jusqu’à 30 voyageurs à la fois ; aujourd’hui, pourtant, elle n’en héberge que cinq. « La situation va de mal en pis, jour après jour. Je n’ai encore renvoyé personne, mais si ça continue, je vais être obligée de le faire ».

Retombées financières

Le bilan des pertes financières n’a pas encore été calculé, mais il est certainement lourd dans la région d’Adrar (nord), où le tourisme est la principale source de revenus, selon Sall Seydou, gouverneur d’Adrar. L’annulation du Lisbonne-Dakar à elle seule a entraîné des pertes estimées à plus de 4,7 millions de dollars américains, à en croire Cissé Mint Cheikh ould Beide, directrice du ministère du Tourisme.

Les touristes ont injecté 42,7 millions de dollars dans l’économie mauritanienne en 2007, soit près de quatre pour cent du budget annuel du pays.

Mais les répercussions s’étendent au-delà du tourisme. « Les répercussions économiques de ces attentats compromettent les investissements commerciaux dans le pays. Les investisseurs potentiels commencent à fuir », a expliqué à IRIN un diplomate qui a souhaité conserver l’anonymat.

Apaiser les craintes des touristes

Pour rassurer les visiteurs potentiels, les autorités régionales déploient davantage de policiers dans les rues et dressent de nouveaux barrages routiers sur les axes principaux. « Notre meilleur argument est d’assurer que de tels événements ne se reproduisent pas », a estimé M. Seydou.

Quant aux Occidentaux qui vivent en Mauritanie, ils y mettent du leur pour éveiller l’intérêt des touristes. Bien que ceux-ci se fassent de plus en plus rares, Christian Neuville, un Français qui travaille dans le nord de la Mauritanie depuis 15 ans, a récemment ouvert un restaurant du nom de « La Gazelle » à Atar.

« Je peux vous assurer que depuis 1974, je n’ai jamais eu de problème ici. C’est un pays pacifique. Les touristes doivent cesser d’avoir peur et revenir vite ».

Mme ould Beide reste également optimiste. Son ministère lance sa propre offensive, en finançant la « Semaine du tourisme en Mauritanie », qui aura lieu à Paris, en mai, pour attirer les visiteurs.

« Cette industrie est fragile et toujours sujette aux changements politiques ou climatiques. Mais ces chocs ne sont que temporaires. Il est toujours possible de se rattraper ».