Mauritanie : bras de fer entre le président et le parlement

Le président mauritanien a menacé mercredi de dissoudre le parlement si ce dernier votait favorablement la motion de censure déposée lundi contre le gouvernement. Loin de se laisser intimider, les députés frondeurs, membres du parti au pouvoir et soutenus par un parti d’opposition, sont bien décidés à aller jusqu’au bout.

Le président mauritanien n’a pas l’intention de laisser tomber le gouvernement. Mercredi, Sidi Ould Cheikh Abdallahi a menacé de dissoudre le parlement. Il ripostait ainsi à la motion de censure, la première depuis l’indépendance du pays en 1960, que 39 députés du Pacte national pour la démocratie et le développement (PNDD, au pouvoir) ont déposée lundi contre le gouvernement.

« J’en appelle aux députés pour qu’ils reviennent sur leur décision et ne me mettent pas dans l’obligation de dissoudre le Parlement, qui est un choix très coûteux pour nous en temps et en moyens matériels dans une conjoncture difficile », a ainsi annoncé Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Se déclarant près au dialogue, il a ajouté : « Je n’hésiterai pas à prendre cette décision si elle s’avère nécessaire afin de redresser notre processus démocratique ».

Motion « injustifiée »

Les députés frondeurs reprochent notamment au gouvernement ses échecs « sur les plans de la politique économique et sociale ». Ce à quoi le chef de l’Etat a répondu que la motion était « injustifiée » car le gouvernement est « en place depuis un mois et demi seulement » et qu’il n’a « même pas encore présenté sa déclaration de politique générale ».

Autres griefs des membres du PNDD, en proie à une crise interne : des postes stratégiques de l’équipe gouvernante ont été attribués à des anciens du régime de Maaouiya Ould Taya – renversé en 2005 – et le gouvernement de Yahya Ould Ahmed Waghf s’est ouvert à l’Union des forces du progrès (centriste) et Tawassoul (islamistes), deux formations d’opposition peu représentées à l’Assemblée.

« Extrême déception »

Réagissant aux menaces du président, les dissidents ont fait part de leur « extrême déception ». Ils demandent surtout à « toutes les forces politiques au sein du Parlement et [d’]ailleurs ainsi [qu’à] toutes les organisations de la société civile » de les épauler dans leur lutte contre ce qu’ils considèrent être une « déviation grave du processus démocratique ».

Les 39 insurgés du PNDD sont déjà soutenus par le Rassemblent des forces démocratiques. Un soutien de poids puisque ce parti, qui compte 18 députés, pourrait leur permettre d’obtenir assez de voix pour faire passer leur motion de censure.