Mathias Doué, le nouvel allié de Yao Yao Jules

Après s’être évanoui pendant huit mois dans la nature, le général Mathias Doué annonce, dans une lettre officielle, son grand retour en Côte d’Ivoire. Il dénonce les dérapages dans l’armée et apporte son plein soutien au futur colonel, en disgrâce, Jules Yao Yao. Le Général Mathias Doué, ex-chef d’état-major, avait été contraint à l’exil suite à son limogeage de la tête de l’armée ivoirienne en novembre 2004.

Par Céline Ruet

« Je rentre dans quelques jours en Côte d’Ivoire, pour prendre pleinement ma place dans le combat, en vue de faire cesser les exactions et les assassinats commis sur les populations, par des hommes payés sur les fonds de l’Etat de Côte d’Ivoire et dont le rôle premier est de protéger ces mêmes populations (…) C’est pourquoi, j’appuie, sans réserve, le combat du colonel Yao Yao Jules (ancien porte parole des Forces Armées de Côte d’Ivoire (FANCI), devenu persona non grata au sein des loyalistes, ndlr.) », a annoncé le Général Mathias Doué, dans un communiqué officiel, après 8 mois d’absence. Il revient, dit-il, « pour donner une dimension insoupçonnée au combat du colonel Yao Yao ». Les spéculations sur les raisons de sa retraite sont allées bon train durant son absence. « Le devoir de réserve, qui s’impose aux militaires, m’a conduit à adopter une posture de silence et d’observateur de la scène nationale. J’ai aussi été contraint à plusieurs mois de repos forcé. Aujourd’hui, ma santé est bonne », explique-t-il. Le Général Mathias Doué, ex-chef d’état-major, avait dû se cacher suite à son éviction, en novembre 2004, de la tête de l’armée ivoirienne.

Yao et Doué : des fidèles du régime devenus parias

Ancien porte-parole des FANCI, le lieutenant-colonel Jules Yao Yao est un officier supérieur qui est tombé en disgrâce après un déjeuner, jugé « félon » par les autorités ivoiriennes, avec l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire. Il est aujourd’hui en exil aux Etats-Unis. Pour sa part, Doué, le chef d’état-major de l’armée ivoirienne, a été remplacé après l’opération « Dignité » de novembre 2004. Quelques jours plus tard, dans les cercles proches du pouvoir, Doué avait été accusé d’avoir voulu faire un coup d’Etat, en complicité avec les troupes françaises. « A la suite de l’échec prévisible de l’opération ‘Dignité’, j’ai été remplacé à la tête des Armées de Côte d’Ivoire, dans la fonction de chef d’état-major général des Armées, officiellement pour raison d’état, officieusement pour d’autres raisons que l’histoire de la Côte d’Ivoire qui est en train de s’écrire vous révélera un jour. »

Le futur Colonel Yao Yao, promu contre toute attente quelque temps après l’incident à la suite duquel il a été contraint à l’exil, a appelé dernièrement ses « frères d’armes » à s’affranchir des pesanteurs politico-militaires pour ne défendre que l’intérêt national. Tout en exprimant sa colère contre le régime en place, régime qu’il estime avoir servi avec « dévouement ». Aujourd’hui, le fringant lieutenant-colonel n’est plus seul, il a maintenant le soutien, non négligeable, du Général Doué. « Il ne peut y avoir d’élections le 30 octobre 2005, sans que ne soient réglées, auparavant, toutes les affaires en rapport avec les Droits de l’Homme (…). Le moment est venu de replacer la Côte d’Ivoire au centre des valeurs qui l’ont toujours portée, les valeurs qui ont fondé sa grandeur, sa place et son rayonnement dans le monde. », a affirmé ce dernier. A quelques mois des élections présidentielles, cette sortie de Mathias Doué, vient encore une fois, si besoin en était, donner la preuve de la complexité de la crise ivoirienne.