Maternité : opération danger

La mortalité maternelle est l’un des plus gros problèmes auquel sont confrontées les femmes sur le continent africain.

160 000 femmes africaines meurent chaque année pendant l’accouchement, dans les jours qui suivent, ou à la suite d’avortements pratiqués le plus souvent dans des conditions effroyables. Le double, voire le triple, souffre de complications aiguës ou chroniques dues au fait que la grande majorité des accouchements en Afrique se déroule sans assistance médicale. La stratégie dite de  » maternité sans risque « , lancée par les Nations Unies à Niamey au Niger en 1989, est un véritable échec.

L’Afrique de l’Ouest connaît avec l’Afrique Centrale le taux de fécondité le plus élevé au monde. C’est également la région où les conditions sont les plus difficiles pour les femmes enceintes, comme l’explique Flora Sibanda-Mulder, conseiller régional pour la Santé de la Femme et la Nutrition au bureau de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre à Abidjan :  » l’accès aux soins pour les femmes enceintes est difficile dans presque tous les pays de la région. Les pays les plus touchés sont le Niger, le Tchad, la Mauritanie, la Guinée Bissau, la République centrafricaine et la République démocratique du Congo, à cause de la guerre « . Les taux de mortalité maternelle dans la région figurent parmi les plus élevés au monde, avec un taux moyen estimé à 1 020 décès pour 100 000 naissances vivantes.

Les principaux problèmes rencontrés par la femme enceinte sont de plusieurs ordres. Elle est en premier lieu frappée d’anémie.  » L’Afrique a des taux d’anémie très élevés, elle arrive au second rang après l’Asie, et entre 45 et 85% des femmes africaines sont anémiées. L’anémie a plusieurs causes : des régimes alimentaires pauvres en fer, le VIH/Sida, des carences en vitamine A et protéines, et le paludisme. Environ 75% des femmes vivent dans des régions où le paludisme est très endémique « , continue Mme Sibanda-Mulder.

L’impact des guerres

Ensuite, l’accès aux services de santé est bien trop faible, et la plupart des femmes ne se rendent pas aux consultations prénatales. Or,  » les soins prénatals sont pour nous l’occasion d’informer les femmes sur les besoins en santé et en nutrition, de traiter l’anémie, et d’identifier les facteurs de risques tels que le paludisme « , explique la conseillère.  » Ensuite, les complications obstétricales ne sont pas prises en charge à temps à cause du retard pris dans la décision d’aller consulter les services de santé, du retard pour arriver à un établissement sanitaire et enfin, du retard subi pour recevoir effectivement les soins après être arrivé dans l’établissement « .

Flora Sibanda-Mulder remarque qu’ » en dépit de l’amélioration des connaissances sur ce fléau qu’est la mortalité maternelle, peu de pays ont adopté et mis en oeuvre des programmes pour combattre les principales causes évitables des décès maternels. «  Il y a tout de même des projets, soutenus par l’Unicef, qui visent à réduire la mortalité maternelle et néonatale, à travers la mise en oeuvre des Soins Obstétricaux d’Urgence ou SOBU, dans huit pays de la région.

 » Toute femme enceinte à besoin d’avoir accès à des établissements en mesure de fournir des SOBU « , insiste la conseillère. Les SOBU comprennent les interventions spécifiques pour prendre en charge des complications obstétricales d’urgence. Les interventions comportent les éléments suivants : antibiotiques par voie intraveineuse, anticonvulsants, prise en charge des complications liées à l’avortement et des saignements post-partum, accouchement avec aide pour travail prolongé – par exemple accouchement aux forceps ou par ventouse, transfusion de sang et /ou césarienne.

 » Il n’y a pas assez de ressources, humaines et financières, pour la mise en oeuvre des SOBU. Nous estimons que cela coûte 250 000 dollars par district, mais les bailleurs de fonds ne se montrent pas très intéressés par ces interventions, car les résultats sont assez lents à venir. Il ne faut pas oublier non plus que la plupart des pays de notre région sont en guerre, et qu’il est donc difficile de donner la priorité à ces interventions « , explique Flora Sibanda-Mulder. Pourtant, elle se montre optimiste, et compte  » mener sa mission à bien « .

Le grand défi de ce nouveau millénaire est bien sûr d’assurer à la femme africaine une maternité sans risque pour elle et son enfant, et de placer enfin la femme au centre des programmes d’aide.