Martin Ziguélé : « Bozizé ne peut s’en prendre qu’à lui-même »

Candidat malheureux aux présidentielles de 2005 et 2011, Martin Ziguélé, ex-Premier ministre centrafricain (2001 – 2003) revient pour Afrik.com sur le coup d’Etat fomenté par les éléments de la Séléka contre François Bozizé. Une punition pour Bozizé « qui a joué avec le feu », selon l’ancien rival du Président déchu. Maintenant que l’ancien Président a été destitué, Martin Ziguélé présentera-t-il une nouvelle fois sa candidature à la prochaine élection présidentielle ? La question n’est pas à l’ordre du jour. Selon le président du MLPC [Mouvement de libération du peuple centrafricain], la priorité est de réinstaurer la paix dans le pays et de relancer l’économie. Interview.

Afrik.com : Le coup d’Etat contre François Bozizé a été une bonne nouvelle pour vous ?

Martin Ziguélé :
Un coup d’Etat n’est jamais une bonne nouvelle pour un Etat de droit. C’est surtout un échec pour la démocratie. Il faut situer les responsabilités. Mais Bozizé a voulu jouer avec tout le monde. Il a affaibli l’Etat, l’armée, il s’est trompé sur tout. Bozizé a décidé lui-même de ne pas continuer. Dès son retour de Libreville, le 15 mars, il a fait une déclaration à la nation en disant qu’il se portait candidat, allant à l’encontre des accords de Libreville qui prévoyaient le contraire. Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.

Afrik.com : La Séléka aussi a passé outre les accords de Libreville en prenant d’assaut le palais présidentiel. Ne pouvait-elle pas organiser une réunion d’urgence avec le Président Bozizé ?

Martin Ziguélé :
Quand vous êtes aux affaires, à la tête de l’Etat, votre responsabilité est toujours plus grande que celles de vos protagonistes. On ne peut pas s’amuser à faire des affaires et bafouer ses engagements. Bozizé a rompu ses engagements, il n’y avait plus lieu de négocier.

Afrik.com : Ces accords servent-ils vraiment à quelque chose ?

Martin Ziguélé :
Oui, car tout ce qui se passe aujourd’hui sur le plan institutionnel et politique en Centrafrique est fondé sur les accords de Libreville. Sinon ceux qui ont pris le pouvoir en aurait disposé comme ils l’entendent.

Afrik.com : Les forces tchadiennes n’ont rien fait pour empêcher les rebelles de la Séléka d’avancer vers le palais, contrairement à la première tentative de décembre 2012. Bozizé avait-t-il été lâché par ses amis Idriss Déby et Sassou N’guessou ?

Martin Ziguélé :
Vous leur poserez la question. Je ne sais pas ce que l’on aurait pu faire de moins ou de plus. Il ne faut pas diluer les responsabilités de l’Etat.

Afrik.com : Et le peuple centrafricain dans tout ça, a-t-il eu son mot à dire ? Vu d’ailleurs, nous n’en avons pas l’impression…

Martin Ziguélé :
Les choses se passent très vite lorsqu’il y a une prise violente du pouvoir. Ils prennent à la fois le pouvoir et ils emmènent qui ils veulent et où ils veulent. Mais croyez-moi que le pays en entier a voulu ce changement.

Afrik.com : Drôle de changement lorsque l’on sait que les populations, notamment à Bangui, ont fait état de violences et de pillages de la part des rebelles de la Séléka….

Martin Ziguélé :
Effectivement après la prise de pouvoir ces changements que tout le peuple attendait a donné lieu à des violences que personnes ne conteste, y compris le premier responsable au pouvoir. Ce qu’il faut ajouter, c’est que depuis quelques semaines la situation s’améliore très sensiblement à Bangui. La police et la gendarmerie se déploient dans tout le pays pour permettre d’assurer la sécurité et la paix.

Afrik.com : Quels sont vos rapports justement avec le premier responsable, le Président par intérim Michel Djotodia ?

Martin Ziguélé :
Nous avons des rapports de parti politique à chef de l’exécutif. Des rapports totalement institutionnels.

Afrik.com : L’économie du pays est en berne. Quelles sont les solutions actuelles pour relever l’économie nationale ?

Martin Ziguélé :
Il y a beaucoup de solutions, mais la première solution évidente est la paix. On ne peut pas se construire sans paix. Et ensuite on pourra relancer l’économie, notamment par l’agriculture. Nous avons un minimum de six mois de pluie par an et nous ne sommes que 4 millions et demi d’habitants, nous avons beaucoup de terres cultivables, mais pour exploiter tout cela, il faut la paix, mais aussi des routes, des infrastructures afin de permettre l’exportation de nos produits agricoles.

Afrik.com : Allez-vous présenter votre candidature à la prochaine élection présidentielle ?

Martin Ziguélé :
Le peuple est complètement traumatisé et pris dans des préoccupations sécuritaires. L’intérêt général est d’apporter sa contribution au retour à la paix. Après on pourra parler de considération personnelle. La préoccupation de nos compatriotes n’est pas de savoir qui sera Président dans deux ans, mais de rester en vie, d’envoyer leurs enfants à l’école. ..

Afrik.com : Oui mais vous savez si vous vous présenterez ou non…

Martin Ziguélé :
Je suis d’un parti issu du peuple, avec de modestes conditions, pour la restauration de la République. Nous avons toujours été en pointe pour répondre aux aspirations de notre peuple. L’aspiration actuelle du peuple c’est la paix. Ce qu’ils attendent de moi, c’est de contribuer au retour à la paix.

Afrik.com : Mais pour que cette paix revienne, il faudrait au moins une feuille de route claire, ce qui n’est toujours pas le cas…

Martin Ziguélé :
Oui mais avant il fallait que la charte de la transition soit votée. Ce qui a été fait durant le week-end du 6 juillet. La cérémonie de prestation de serment aura lieu cette semaine. Dans la foulée, je suis convaincu que le gouvernement présentera une feuille de route.