Maroc : un TGV qui fait polémique

Le président français, Nicolas Sarkozy, est en visite ce jeudi au Maroc pour poser la première traverse des 350 km de la ligne à grande vitesse devant relier Tanger à Casablanca, en passant par Rabat. Mais ce projet ne fait pas l’unanimité.

Nicolas Sarkozy effectue ce jeudi une visite express au Maroc pour inaugurer le début des travaux du Train à grande vitesse qui reliera Tanger à Casablanca via Rabat en 2H10 au lieu des 5H40 actuels. Un déjeuner en compagnie du roi Mohammed VI est prévu, suite auquel Nicolas Sarkozy fera un discours à la presse avant de rentrer à Paris.

Prévu pour 2015, le TGV marocain sera le premier dans le monde arabe[Le premier TGV sur le continent africain [circule depuis aout 2011 en Afrique du Sud entre Johannesbourg et Prétoria]]. Un contrat a été signé avec la société Alstom qui a vendu 14 rames au Maroc pour un montant de 400 millions d’euro. Le gouvernement marocain a prévu un investissement de 33 milliards de dirhams (environ 3 milliards d’euros) pour développer ce projet. Neuf cent vingt millions d’euros seront débloqués par la France sous forme de prêt. Le reste du financement sera couvert par des pays « amis » tels que l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis ou encore le Koweit.

Des relations économiques au beau fixe

La construction de cette ligne à grande vitesse fait partie des chantiers d’envergures entrepris par le royaume depuis quelques années. Force est de constater que ces travaux symbolisent l’excellence des relations qu’entretiennent la France et le Maroc. In facto, la France est le premier partenaire commerciale du Maroc. En 2010, les investissements directs français dans le Royaume ont atteint 1,8 milliard d’euros, soit 60% du total des investissements directs étrangers (IDE), selon Aufaitmaroc. Un montant qui classe le Maroc au deuxième rang des pays bénéficiaires des investissements français, la Chine étant en première position. Pas moins de 750 filiales françaises sont implantées dans le pays.

Les critiques fusent

Bien que ce projet réjouisse les plus hautes autorités marocaines, celui-ci ne fait pas l’unanimité au sein de la population. Pour beaucoup, le Maroc a autre chose à faire que de déployer son énergie et son argent dans la construction d’un TGV, dont l’utilité est remise en cause. L’homme d’affaires Karim Tari a déclaré qu’« il n’est pas du tout prouvé que le Maroc ait besoin d’un tel projet. » D’autant plus que son prix a été surenchéri. L’économiste Fouad Abdelmouni s’est dit « indigné » et a précisé que « ce TGV est un scandale dans les conditions actuelles au Maroc. » Les chantiers auxquels le Maroc doit réellement s’attaquer avant de s’occuper du TGV sont, selon l’opinion publique, l’analphabétisme, qui touche un tiers de la population, le pouvoir d’achat jugé trop faible, le chômage ou encore la pauvreté. D’ailleurs l’immense majorité de la population ne pourra pas s’offrir un billet de TGV, même subventionné.

« Un racket économique »

Dans une lettre ouverte destinée à Nicolas Sarkozy, le blogueur marocain Larbi ne mâche pas ses mots à son encontre. En voici un extrait :

« Vous ferez le déplacement au Maroc pour inaugurer les travaux du TGV marocain et c’est de ce « presque crime économique » que je vous écris ces lignes. Quant aux questions de démocratie, du mouvement 20 février, les Marocains ont appris à compter sur eux-mêmes et ce n’est certainement pas un président français qui les aidera en quelque chose. (…) Le problème Monsieur Sarkozy, c’est qu’une fois rentré chez vous, nous on s’est retrouvé avec une commande énorme dans son montant, disproportionnée dans son objet sans que personne ne sache comment la financer ni pourquoi on s’est retrouvé face à un engagement aussi lourd. » Lire la suite sur le blog de Larbi.

Ce contrat aurait été attribué à la France en 2007 par forcing de Nicolas Sarkozy, afin de compenser la perte de la vente d’avions Rafale. Le Maroc a préféré acheter les F16 des Américains, ce qui aurait rendu furieux Nicolas Sarkozy et il a bien fallu calmer sa colère. D’ailleurs, l’Allemagne n’a pas apprécié l’exclusivité du contrat au profit de la France. Elle avait posé son véto pour empêcher le prêt de la Banque européenne d’investissements en raison de l’absence d’appel d’offres qui aurait permis aux entreprises allemandes de concourir. Peu importe, désormais les travaux ont officiellement commencé et rien ne semble stopper le – scandaleux – élan financier dans lequel s’est lancé le roi Mohammed VI…