Maroc : si le migrant tué à Melilla était Français…

Des migrants tentent de franchir la frontière à Ceuta

Un migrant a perdu la vie, au cours de la traversée de la frontière terrestre entre le Maroc et l’Espagne. A voir comment cette information a été relayée par la presse, notamment française, c’est comme si c’est un crabe qui vient de périr dans l’océan. Suffisant pour se demander si ce migrant mort était un citoyen français, quel traitement en ferait la presse.

Dans Wikipédia, on définit une migration humaine comme étant un déplacement du lieu de vie d’individus. Avant de préciser que c’est un phénomène probablement aussi ancien que l’humanité. Sauf qu’aujourd’hui, la migration semble légalisée dans un sens et interdite dans un autre. Tout récemment, des journalistes sénégalais, voulant couvrir une signature de contrat de combat de lutte, qui se déroulait à Paris, ont été interdit d’accès en France. Il s’agit des journalistes Abdoulaye Dembélé de Sunu Lamb et Lamine Samba de la TFM. Le consulat de France à Dakar leur a tout simplement refusé le visa. Non, ceci n’étant pas un évènement, personne n’en parle. Si c’était le contraire, des journalistes français voulant se rendre au Sénégal, à qui on tenterait d’interdire l’accès, ce serait tout simplement le scandale. Sauf que cela n’arrivera jamais. Mais c’est assez pour se poser bien des questions quant à la libre circulation des personnes et des biens à travers ce bas monde.

Bref, ceci n’étant qu’une petite digression, revenons sur la mort de ce migrant dans des conditions que personne, aucun journaliste, ni celui de BFMTV, encore moins celui du Monde, qui se sont juste limité à mettre l’accent sur des militaires blessés, ne tente d’élucider. Car, ont écrit en substance les deux journaux : Douze militaires marocains ont été blessés, dont certains grièvement, dimanche 21 octobre, en essayant d’empêcher 300 migrants, dont un est mort, d’escalader la clôture séparant le Maroc de l’enclave espagnole de Melilla, citant l’agence de presse officielle marocaine MAP.

Les journaux ont poursuivi, précisant que la veille, la préfecture de Melilla avait indiqué qu’un migrant avait été tué et 19 blessés lors de cette tentative de traversée de la frontière depuis la ville marocaine de Nador (nord). Environ 200 migrants ont réussi à passer à Melilla, selon les autorités espagnoles. Le ministère marocain de l’Intérieur a de son côté déclaré lundi que 141 migrants ont été arrêtés lors de cette opération, sans préciser le nombre exact de ceux ayant tenté de passer en Espagne. Les migrants interpellés seront « renvoyés vers leurs pays d’origine », selon la même source.

Pour ces journaux, aucune question quant aux circonstances dans lesquelles ce migrant est décédé. Pas même un mot pour insister sur cette perte d’une vie humaine. D’une vie africaine, plutôt. Heureusement que Sputnik France était là pour modérer le traitement de cette information concernant la mort de ce migrant. En effet, dans son attaque, là où les autres confrères ont privilégié la blessure des militaires, laquelle blessure reste à vérifier, le journal a écrit :

Un migrant est mort et 19 autres ont été blessés dimanche matin dans l’enclave espagnole de Melilla après avoir traversé, avec environ 200 autres personnes, la frontière clôturée avec le Maroc, a annoncé la préfecture. Ils ont été conduits dans un centre d’accueil où leur identité doit être vérifiée. Toutefois, le journal a ajouté : Selon la préfecture, un groupe d’environ 300 migrants originaires d’Afrique subsaharienne ont tenté d’escalader la clôture, et « environ 200 y sont parvenus, tous des hommes ». « Malheureusement, l’un des migrants est décédé » et « tout indique qu’il s’agit d’un arrêt cardio-respiratoire ».

Bref, une façon, pour une certaine presse, de traiter l’information qui n’honore pas la corporation des journalistes. Car, une façon est de défende les intérêts d’un pays auquel on appartient, une autre façon est de respecter les règles élémentaires d’étique et de déontologie. Car aujourd’hui, le langage est visiblement clair : ces personnes issues de« pays de merde », pour reprendre Donald Trump, doivent rester chez eux. Sauf qu’actuellement, le traitement de l’information qui est fait n’honore en rien la presse, qui n’hésite pas à valider les tirs de la Marine royale du Maroc sur des embarcations, même si des vies humaines sont perdues au cours de ces opérations.

Là encore, c’est un Africain qui mort au cours de cette opération. Il n’y a donc pas de quoi fouetter un chat. Il s’agit juste d’une Marocaine de 22 ans, étudiante en droit. Mais l’histoire retiendra qu’en 2018, une Marocaine du nom de Hayat Belkacem est morte, abattue par la marine de son propre pays. Son tort, elle a voulu fuir les conditions précaires pour regagner l’Europe et avoir une vie meilleure que son pays n’a pu lui offrir. Un délit. Non, plutôt un crime, si l’on se fie à certains articles de presse. Quant à ses bourreaux, sans doute ils recevront les honneurs du roi et, pourquoi pas, des lauriers tressés par la presse.