Maroc : que reproche-t-on au colonel-major Terhzaz ?

Le colonel-major Kaddour Terhzaz continue de clamer son innocence, du fond de sa prison. Un tribunal militaire marocain l’a condamné à 12 ans de prison en 2008 pour « atteinte à la sécurité extérieure de l’Etat ». Ce militaire à la retraite avait adressé en 2006 une lettre au roi Mohamed VI pour plaidant pour l’amélioration de la situation de ses anciens compagnons d’armes. Ses avocats ont annoncé, mercredi, avoir demandé l’intervention du président Sarkozy en faveur du colonel, qui possède la double nationalité marocaine et française.

Le colonel-major Kaddour Terhzaz, ex-numéro 2 de l’armée de l’air marocaine, croupit depuis deux ans en prison. Il a été condamné en novembre 2008 par un tribunal militaire pour avoir envoyé, en 2005, une lettre au roi Mohamed VI plaidant pour la réinsertion d’anciens compagnons d’armes restés sans perspective de carrière après avoir passé plus de 20 ans dans les geôles du Polisario. La lettre rappelait, en outre, que les avions de combat marocains n’étaient pas équipés de dispositifs anti-missiles pendant la guerre contre le Polisario (1975-1995). Cette missive a valu au colonel Kaddour Terhzaz, 73 ans, une condamnation à 12 ans de prison pour « atteinte à la sécurité extérieure de l’Etat ».

Deux poids, deux mesures ?

Le colonel-major Kaddour Terhzaz possède la double nationalité marocaine et française. Ses défenseurs ont annoncé mercredi avoir demandé une audition au président Sarkozy. « Nous avons sollicité le 30 septembre une rencontre avec le président Sarkozy pour qu’il intervienne en faveur de la libération du colonel Terhzaz, et nous attendons une réponse », a indiqué Me William Bourdon, avocat de la famille lors d’une conférence de presse à Rabat. « Le président Sarkozy a souvent réagi lorsque des Français ont subi des injustices. Il ne peut y avoir deux poids deux mesures », a-t-il ajouté. Il espère que cette demande aura un meilleur sort que la requête faite précédemment au ministère de la Justice. « Le recours de l’intéressé n’est susceptible d’aucune suite, le recours déposé s’agissant d’une condamnation prononcée par une juridiction marocaine et exécutée au Maroc », a répondu le ministère français, le 13 octobre dernier, dans un courrier reproduit par bakchich.info.

Secret de polichinelle

La mésaventure du colonel-major Kaddour Terhzaz commence en 2006 quand un ancien compagnon d’armes, le capitaine Ali Nadjib, libéré par le Polisario en 2003 après 25 ans de captivité, lui rend visite à son domicile de Rabat. Accompagné d’autres aviateurs, le capitaine le sollicite afin qu’il plaide pour l’amélioration de la situation des anciens pilotes auprès du roi. « J’ai tout de suite accepté », confie le colonel-major au magazine TelQuel. Il décide alors d’envoyer une lettre à Mohammed VI, dont il confiera une copie au capitaine Ali Nadjib. Mais c’est sur ce même document que la justice militaire se basera plus tard pour condamner le haut gradé à la retraite… « Il faut déjà nous expliquer comment les renseignements militaires ont pris exactement connaissance de la copie de la lettre remise à Ali Najab », s’étonne Mohamed Ziane, avocat à l’époque du colonel-major Terhzaz. L’accusation lui a reproché d’avoir indiqué dans la missive que les avions de chasse marocains n’étaient pas équipés de dispositifs anti-missiles durant les affrontements avec Polisario. Certes les sujets qui touchent au Sahara Occidental sont très sensibles au Maroc, mais la guerre était finie depuis plus depuis 25 ans, et le secret défense n’en est pas un, selon ses défenseurs et sa famille, puisque les médias en avaient abondamment parlé. Il est reproché au colonel-major d’avoir révélé un secret de polichinelle!

Le colonel-major Terhzaz se dit victime d’un coup monté. « Certains m’en veulent à mort depuis 1979, déjà, lorsque j’ai eu droit à des félicitations personnelles de la part du roi Hassan II, après lui avoir écrit une lettre au sujet de la manière catastrophique avec laquelle l’état-major gérait le conflit du Sahara », a-t-il encore affirmé dans la presse. Ses avocats ont introduit, sans succès, un recours en cassation auprès de la Cour suprême en juin dernier. Ils ont également sollicité la grâce du roi Mohamed VI soulignant que « le colonel a toujours soutenu inconditionnellement le Maroc et le roi ». Du fond de sa cellule, le colonel ne cesse de clamer son innocence.