Maroc: Mohammed VI lance le chantier des réformes

Pour mettre en place les institutions nées de sa nouvelle Constitution, le Maroc organise des élections législatives anticipées fin novembre. Celles-ci doivent permettre de désigner un Premier ministre issu du parti vainqueur du scrutin. Le mouvement du 20 février continue de manifester pour réclamer plus de réformes et de justice sociale.

Des législatives anticipées pour concrétiser l’effort de démocratisation du pays. Les Marocains seront appelés aux urnes le 25 novembre, dix mois avant la fin de la mandature actuelle, pour élire leurs députés. C’est le ministre de l’Intérieur, Taïeb Cherkaoui, qui l’a annoncé ce week-end, après une réunion entre le gouvernement et les représentants d’une vingtaine de partis politiques de la majorité et de l’opposition. « Les prochaines élections de la Chambre des représentants (députés) auront lieu le vendredi 25 novembre suite à un accord avec les partis politiques », a-t-il indiqué. Les « consultations avec les partis politiques se poursuivront sur tout ce qui se rapporte à la préparation des prochaines échéances électorales », a-t-il ajouté.

Normalement, ces élections auraient dû avoir lieu l’année prochaine, les dernières législatives ayant été organisées en 2007. L’avancement de la date obéit au souhait du roi Mohammed VI, de mettre en place les réformes issues de la nouvelle Constitution, favorables à plus de démocratie dans la conduite des affaires du royaume chérifien. Adoptée à plus de 98% des votants lors du référendum du 1er juillet, cette Constitution continue d’affirmer la prééminence du roi, contrairement aux souhaits de certains sujets du monarque. Cependant, elle élargit les libertés publiques et renforce les pouvoirs du Premier ministre. Désormais, celui-ci sera choisi par les Marocains car il sera désigné au sein du parti vainqueur des élections législatives.

Tractation et contestation

Dans un premier temps, la date du 11 novembre avait été proposé pour ces législatives. Mais elle n’a pas été retenue, en raison de sa proximité avec la fête religieuse du Aid el-Adha (fête du sacrifice), au cours de laquelle les Marocains voyagent beaucoup. Par ailleurs, bien qu’à travers ce scrutin le roi Mohammed VI souhaite montrer sa volonté de conduire progressivement son royaume sur le chemin de la démocratie, tout le monde au Maroc ne se satisfait pas des réformes engagées.

C’est le cas du mouvement du 20 février, qui, toutes les fins de semaine continue de manifester pacifiquement, réclamant de vrais changements démocratiques et plus de justice sociale. « Le régime marocain, en tant que régime despotique, veut étouffer ce Mouvement du 20 février, en avançant les élections législatives et en disant à l’étranger que le Maroc est un état démocratique », a protesté Youssef Raissouni, président de la section Rabat de l’Association marocaine des Droits Humains (AMDH), interrogé par RFI. L’avènement d’un Premier ministre doté de plus d’autonomie vis-à-vis du roi permettra de mesurer la volonté de Rabat d’écouter les aspirations du peuple marocain, épris de liberté.