Maroc : les femmes, ces exclues de la politique

En 2006, le royaume chérifien occupait la 122ème place du classement égalité hommes-femmes dans le monde. Cette place reflète les difficultés des Marocaines à s’insérer dans la vie politique de leur pays. En prévision des élections communales de 2009, le Mouvement du Tiers continue son action. Ce mouvement organisé sous l’égide de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) demande, notamment, l’application d’un système de quota pour promouvoir la représentation politique des femmes dans les instances locales et dans tous les centres de décision communale.

« Il faut évaluer le cerveau des femmes et non leur corps ! », affirme Fatima Farhat, conseillère municipale à l’arrondissement Mers-Sultan à Casablanca, interrogée par Afrik.com. Depuis 2003, cette élue du Parti du Progrès et du socialisme (PPS) milite pour la cause féminine. Son créneau : la représentativité des Marocaines dans les instances politiques – seulement 10,5 % des sièges au Parlement sont occupées par des femmes. Fatima Farhat fait partie du Mouvement du Tiers organisé par l’Association démocratique des femmes au Maroc (ADFM).

Ce mouvement se bat pour que le tiers des sièges dans les conseils municipaux et au Parlement soit réservé aux femmes. A l’approche des élections communales de 2009 au Maroc, des sections travaillent avec les femmes leaders pour la prospection de candidates potentielles, compétentes et susceptibles de gagner des sièges. « Il faut que la représentation des femmes soit effective aux conseils communaux et ne se limite pas à la nomination », explique la présidente de l’ADFM Khadigha Errebah. Les Marocaines ont leur rôle à jouer dans la sphère politique. « Les femmes ont d’énormes compétences. Le problème c’est qu’elles ne sont pas représentées », affirme la conseillère municipale avant d’ajouter que « même les hommes en sont conscients ! ». Reste que les Marocaines peinent à se hisser dans les centres de décision étatiques. La raison ? Elles seraient trop cantonnées au domaine social.

Une citoyenne pas comme les autres…

Dans le royaume chérifien, les femmes sont assignées aux problématiques liées à la santé, à l’éducation. Des thèmes qu’elles maîtrisent du fait, dit-on, de leur sensibilité. « La femme est cantonnée au social, alors que c’est une citoyenne comme les autres et qu’elle doit participer aussi à la vie économique de son pays. Son rapport doit s’insérer dans le global », note la parlementaire marocaine Cherki Touria. « C’est la femme elle-même qui se met dans ce carcan. Elle doit impérativement en sortir pour évoluer », estime-t-elle. Elue aux élections législatives de 2007, ancienne directrice du CHU de Rabat, la politicienne ne mâche pas ses mots. Elle reproche aux Marocaines de ne pas prendre la place qui leur est due. Pour la parlementaire, la politique est un sacerdoce. En 1997, elle s’était déjà présentée aux élections législatives, sans succès. « Une expérience extraordinaire, j’ai beaucoup appris sur les réalités de mon pays », confie Cherki Touria.

Aujourd’hui la politicienne occupe le siège parlementaire. Mais ce fut non sans mal. La campagne pour les élections coûte chère. « Je n’ai pas eu de soutien financier de mon parti (le Mouvement populaire), ce qui m’a fait perdre les élections de 1997 ». Au sein des partis marocains, les hommes fonctionnaires et cadres sont privilégiés car ils peuvent financer leur campagne. « A cette époque, j’étais fonctionnaire mais je n’avais par les moyens de me présenter correctement aux élections », explique la parlementaire. Comment dans ces cas-là accéder à la sphère politique ? La plupart du temps, les femmes n’essayent pas. Elles préfèrent lutter au sein des associations. Un choix qui contrarie Cherki Touria. « Faire du social, ce n’est pas faire de la politique. Les Marocaines doivent avoir accès à des postes à responsabilités. On doit leur apporter un soutien financier ! », s’insurge-t-elle. Le royaume chérifien a encore des progrès à faire concernant la représentativité dans la sphère politique.

Le roi Mohammed VI a mis en exergue, dans une déclaration du 12 octobre dernier, la place et le rôle de la femme en politique. Ce discours, prononcé à l’occasion de la première cession parlementaire, s’inscrit dans le sillage de la réforme du code de la famille en 2004 – la prise en charge par l’épouse conjointement avec l’époux de la responsabilité de la gestion des affaires du foyer et de la protection de l’enfant. « Notre dessein ultime est de garantir une représentation équitable des femmes au niveau des collectivités locales », déclare Mohammed VI soulignant « leur intégrité », « leur réalisme » et « leur fibre sociale ». Espérons que ces paroles fassent place aux actes.

Les Femmes au Parlement :

Parti de la Justice et du Développement : (6 sièges)
1- Bassima Hakkaoui.
2- Fatma Ben El Hassane.
3- Somaia Benkhaldoun.
4- Jamila El Mossalli.
5- Khuidija Hanine.
6- Nezha El Ouafi.

Parti de l’Istiqlal: (6 sièges)
1- Samira Koraiche.
2- Malika El Assimi.
3 – Mahjouba Zbiri.
4- Naima Khaldoun.
5- Latifa Bennani Smires.
6 – Fatiha Bakkali

Rassemblement National des Indépendants : (5 sièges)
1 – Najima Thay Thay Rhozali.
2 – Bouthayna Iraqi Houssaini.
3 – Saida Tayebi.
4 – Mbarka Bouaida.
5 – Naima Aboumouslime.

Mouvement Populaire : (5 sièges)
1- Halima Asali
2 – Zahra Chagaf.
3 – Fatima Moustaghfir.
4 – Amina Drissi Smaili.
5 – Touria Cherki.

Union Socialiste des Forces Populaires : (5 sièges)
1 – Aicha Guellaa.
2 – Fala Boussoula.
3 – Saadia Saadi.
4 -Saloua Karkri Belkeziz.
5 – Nezha Lahrichi.

Parti du Progrès et du Socialisme : (3 sièges)
1- Gajmoula Ebbi.
2 -Amal El Amri.
3- Aicha El Karche.