Maroc : le RNI de Mezouar prochain allié du PJD de Benkirane ?

C’est durant ce prochain week-end que tout se jouera entre le Premier ministre Abdelilah Benkirane et le Secrétaire général du RNI, Salaheddine Mezouar. Les deux responsables politiques doivent se rencontrer pour la cinquième fois, en vue de la nouvelle formation gouvernementale.

Les Marocains devraient savoir, à l’issue de ce premier week-end de septembre, si le Rassemblement national des indépendants (RNI), dirigé par Salaheddine Mezouar, fera ou non partie du prochain gouvernement. Le Premier ministre, Abdelilah Benkirane, a jusqu’à la rentrée politique pour constituer un nouveau cabinet ministériel, suite au départ de l’Istiqlal. S’il n’y parvient pas, le chef du gouvernement reviendra, selon ses propos, vers le Roi Mohammed VI « qui garde toute latitude pour prendre la décision adéquate ». Abdelilah Benkirane donnerait ainsi raison à ses détracteurs qui lui présagent un échec cuisant. Le quotidien Akhbar al-Youm affirme même que « de nombreux indices laissent penser que la chute du gouvernement islamiste n’est plus qu’une question de temps ». La pression qui repose sur les épaules du dirigeant islamiste est donc grande.

Loin d’être la cinquième roue du carrosse, le RNI pourrait donc être la solution pour freiner la bombe à retardement qui plane sur le PJD. Lorsqu’on lui expose l’hypothèse d’organiser des élections anticipées, Salaheddine Mezouar l’écarte d’emblée. « Non je ne pense pas qu’il sera nécessaire d’en arriver jusque-là », affirme-t-il à Afrik.com. Une manière de confirmer l’entrée prochaine du RNI dans le prochain gouvernement ? Rien n’est moins sûr. Ce dernier prétend que les deux partis en sont encore au stade des discussions. « Nous devons fixer les priorités d’action gouvernementale. Cela nécessite du temps et des débats », poursuit-il.

Un cinquième round décisif ?

Ce cinquième entretien entre responsables du RNI et du PJD devrait être déterminant. Les quatre précédents rounds n’ont rien apporté de concret pour la constitution d’une nouvelle majorité, d’où la décision de Benkirane de reporter les réunions de la majorité et du secrétariat général de son parti. La combinaison PJD/RNI marcherait-elle mieux que celle du PJD/Istiqlal ? Mezouar ne préfère pas s’avancer et estime qu’il faut « prendre le temps nécessaire ». Il préfère néanmoins que « les choses soient clarifiées dès le départ, dans un cadre de travail convenu afin d’éviter tout risque de dérapage », comme ce fut le cas entre le PJD et l’Istiqlal de Hamid Chabat qui a fini par claquer, début juillet 2013, la porte du gouvernement. En cause, selon l’Istiqlal, les méthodes hégémoniques du PJD et le manque de résultats du gouvernement. Voilà plusieurs mois que les Marocains supportent les tribulations du PJD et de l’Istiqlal, les plus importantes depuis l’élection du parti islamiste aux législatives de novembre 2011.

Le RNI prend ses précautions

« Ni l’opinion nationale, ni même internationale, ne supporterait un nouveau conflit politique. C’est la raison pour laquelle nous prenons notre temps et tenons à ce que les rapports au sein de la majorité soient codifiés. Déterminer ensemble toutes les actions que nous devons mener sur les trois prochaines années », précise le dirigeant du RNI qui insiste sur l’importance de la « cohérence » qui est selon lui « fondamentale » pour de bons résultats. A propose de résultats, Mezouar a proposé l’étude de cinq pôles et sept priorités pour la formation de la nouvelle majorité gouvernementale. Mais pour l’heure, impossible d’en connaître les détails. « A ce stade des négociations, les informations doivent rester secrètes », selon le SG du RNI.

Abdelilah Benkirane a été critiqué à plusieurs reprises pour son manque d’expérience en politique. Pas de quoi inquiéter Salaheddine Mezouar qui « assume » son rôle pour « faire en sorte que le processus de sortie de crise ne soit pas perturbé afin d’éviter que la phase 2 ne ressemble à la phase 1 ». A ce propos, qu’a-t-il pensé de la démission des ministres « istiqlaliens » ? « Le parti de l’Istiqlal a pris ses responsabilités de la manière la plus souveraine possible. J’imagine qu’ils étaient convaincus de leur décision », conclut Salaheddine Mezouar.