Maroc : le Mouvement du 20 février, un troisième souffle ?

Le Mouvement du 20 février souffle, ce jeudi, sa troisième bougie. C’est, entre autres, ce collectif de militants qui a poussé le régime à adopter une nouvelle Constitution et à prendre des mesures pour assouplir la liberté d’expression. Mais trois ans après, force est de constater que les choses n’ont pas tellement bougé…

Trois ans après, que sont devenus les membres du Mouvement du 20 février ? « Le mouvement existe toujours mais sous différentes formes », affirme Montasser, étudiant et militant marocain, ancien actif dans le mouvement. Les fondateurs et membres du mouvement ont en effet permuté leur engagement vers des activités associatives et culturelles. Il subsiste toutefois des nostalgiques, à nombre réduit, qui tentent, de manière sporadiques, et principalement par le biais des réseaux sociaux, des actions en faveur de la liberté d’expression, de l’égalité sociale ou pour la libération des prisonniers politiques et d’opinion.

Un anniversaire interdit

Ce troisième anniversaire débute mal. Des membres du Mouvement se voient, ce jeudi, confrontés à une énième tentative de restriction des libertés. A commencer par la tenue du festival normalement prévu dans les anciens abattoirs de Casablanca pour commémorer la naissance du collectif, autorisé il y a un mois, puis interdit à la dernière minute. L’on apprend, dans un communiqué publié hier par le mouvement, que les organisateurs s’activent à chercher d’autres lieux, notamment dans les locaux de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), pour assurer l’évènement.

Le troisième souffle du mouvement n’aura probablement pas lieu. Mais la colère et la frustration sont toujours présentes dans le sud, où la répression règne en maître, notamment à Imider, où les habitants tentent, depuis 2011, de sauver leur environnement, chez les diplômés-chômeurs, dont un nombre important est toujours dans l’attente d’emploi. Mais aussi au sein des associations qui luttent pour les libertés et notamment pour la libération des prisonniers politiques et d’opinion, dans une « presse muselée et interdite de critiques envers le roi » Mohammed VI…

Un pari gagné

Emmené par le vent du « Printemps arabe », le Mouvement du 20 février, né en 2011, se félicite toutefois, sur son compte Facebook, d’avoir réussi un pari inédit : secouer les mentalités et pousser les citoyens à mettre de côté leur peur pour descendre dans la rue. Conscient de n’avoir pas pu radicalement changer le pays, le Mouvement du 20 février a participé, à sa façon, « à le rendre meilleur ».

Le royaume n’est toutefois pas à l’abri d’un quatrième, d’un cinquième voire d’un sixième souffle. Reste à savoir si le Mouvement du 20 février rejaillira de ses cendres.