Maroc : l’éternel silence de Mohammed VI face à la révolte d’Imider

Il existe un village au Maroc où les habitants entretiennent, depuis 2011, un sit-in qui devrait marquer l’histoire moderne du royaume…

L’usage de la répression pour taire les habitants d’Imider, en colère depuis août 2011, n’aura pas suffi pour les dissuader. Depuis cette date, pas un jour ne passe sans qu’ils ne se réunissent sur le mont Alebban, dans la région de Ouarzazate, pour y assurer, à tour de rôle, un sit-in. Une chaîne sans relâche pour protester contre l’exploitation abusive des ressources naturelles par la société minière d’Imider (SMI), une filiale du groupe minier Managem, du holding royal SMI. Mais aussi pour mettre un terme à la pollution de l’environnement au cyanure par la SMI et exiger la fin des violations et des injustices subies par la population.

Une histoire de pouvoir…

Le silence du roi Mohammed VI, attendu de pied ferme à Imider, n’enlève en rien la détermination de ces révoltés qui se rassemblent chaque jour au bord de la Nationale 10, à l’endroit même où la SMI a creusé un puits pour fournir de l’eau à la mine d’argent située à 2 km plus loin. Les hommes, d’un côté, et les femmes, de l’autre, forment un cercle au milieu duquel un meneur, mégaphone à la main, rappelle le but de cette mobilisation à rallonge.

Snobé par la presse marocaine, hormis d’irréductibles combattants en faveur de la liberté d’expression, à l’instar de Tel Quel, le soulèvement des habitants d’Imider a trouvé un écho outre-Atlantique, notamment chez le New York Times qui a consacré fin janvier un long article intitulé : « On Moroccan Hill, Villagers Make Stand Against a Mine ».

…d’eau

Tout commence en 2004 lorsque la SMI décide de procéder à une série de forages pour pomper l’eau et l’acheminer vers la mine. Mais pendant le mois de ramadan 2011, le débit d’eau dans les foyers s’affaiblit dangereusement jusqu’à atteindre 30 minutes par jour. C’est alors que les habitants d’Imider réagissent et coupent l’alimentation du principal forage qui fournit la mine en eau, sur le fameux mont d’Alebban, à 1400 mètres d’altitude. Pour empêcher la réouverture de la vanne, ces campements sont érigés pour assurer la surveillance, jour et nuit, du château d’eau.

…d’intimidation

Sur les murs du château d’eau, les habitants ont peint une fresque en hommage à Mustafa Ouchtoban, écrit Tel Quel. Ce jeune employé de la mine a été condamné en 2012, à l’âge de 27 ans, à quatre de prison ferme pour le vol d’une pépite de 18 grammes.

« Le jour, il travaillait dans la mine, et le soir, il venait soutenir le sit-in. Suite à un contrôle de son véhicule, les gardiens ont trouvé un morceau de minerai qu’il aurait volé. Nous pensons qu’il s’agit d’une machination pour faire peur aux habitants et briser la contestation. Il a écopé de la peine maximale », raconte Ahmed Daoudi, membre du comité d’organisation de la contestation.

…de travail

Outre les accusations des habitants d’Imider contre l’entreprise minière, désignée responsable des dégâts environnementaux que connaît la région, les villageois réclament que l’exploitation de la mine leur garantisse 75% des emplois. Ce que refuse la direction du groupe, prétextant une impossibilité de « résoudre tous les problèmes de chômage dans la région ».

Indignée, la population d’Imider accuse Rabat, inerte face à ses réclamations, de soutenir la SMI. Mohammed VI se décidera-t-il à lever l’ancre du nord pour le sud ?