Maroc : le journaliste Ali Anouzla devant les juges pour « incitation au terrorisme »

Le journaliste marocain, Ali Anouzla, a été présenté ce mardi 24 septembre devant un juge d’instruction pour « incitation à l’exécution d’actes terroristes ».

La justice a rarement été aussi rapide. Le journaliste Ali Anouzla, arrêté le 17 septembre pour avoir diffusé le lien d’une vidéo d’Al-Qaïda sur le Maroc, a été présenté mardi 24 septembre à un juge d’instruction. Le journaliste du site Lakome est accusé d’« apologie » du terrorisme et « incitation à l’exécution d’actes terroristes », selon un communiqué du procureur général.

L’avocate de ce « journaliste qui dérange », Naïma Guellaf, a affirmé que l’enquête « va se poursuivre dans le cadre de la loi antiterroriste », avant une éventuelle mise en examen. Ali Anouzla a été transféré, cette nuit, à la prison de Salé, dans la province de Rabat, où sont détenus plusieurs personnes accusées de terrorisme. Avant son transfert, le journaliste de Lakome était placé en détention dans les locaux de la brigade de la police judiciaire, à Casablanca.

Un journaliste à éliminer ?

Ali Anouzla est connu pour ses critiques virulentes contre le pouvoir marocain et la monarchie. Le Directeur de la version arabe du site d’informations Lakome a, à plusieurs reprises, fait l’objet de poursuites. Cette fois-ci, Ali Anouzla a, selon le palais, dépassé les limites en diffusant le lien de cette vidéo, en renvoyant sur le site du quotidien espagnol El País, où la vidéo était disponible. Intitulée « Maroc : le royaume de la corruption et du despotisme », la vidéo appelle au djihad et pointe du doigt la monarchie alaouite.

Lakome a pourtant précisé qu’il s’agissait d’une vidéo de « propagande ». Rien à faire, Ali Anouzla est accusé d’avoir offert une tribune à Al-Qaïda au Maghreb islamique. Il est vrai que le royaume déploie, depuis de nombreuses années, de grands moyens pour freiner la menace terroriste sur son territoire.

Plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International, Human Rights Watch ou encore Reporters sans frontières ont dénoncé cette arrestation. Beaucoup se posent des questions : Cette vidéo a-t-elle été le prétexte inespéré pour faire taire un journaliste qui dérange ? Où s’arrête la liberté de la presse au Maroc ? Et si Ali Anouzla avait été arrêté uniquement pour avoir renvoyé sur le lien d’une vidéo très critique à l’égard du palais ?