Maroc : la révolte des salafistes

La prison de Salé a été, lundi et mardi, le théâtre d’affrontements violents entre des prisonniers salafistes et les forces de l’ordre. En cause : les conditions de détention. Par ailleurs, les sept islamistes interpellés par la police marocaine dans le cadre de l’enquête sur l’attentat de Marrakech, qui a fait 17 morts, le 28 avril dernier, ont été présentés devant la justice et inculpés mardi.

La prison de Zaki, à Salé, était sous haute tension lundi et mardi derniers suite au soulèvement des détenus « islamistes » qui protestaient contre leurs conditions de détention. Ces derniers, réfugiés sur le toit des bâtiments, se sont livrés à des échauffourées avec les forces de l’ordre qui répondaient par des tirs de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchoucs. Affrontements qui ont fait une trentaine de blessés dont 8 policiers et des gardes pénitentiaires.

Ils exprimaient leur mécontentement quant à l’interdiction d’utiliser des téléphones portables et Internet. « Les détenus, pour la plupart des salafistes, ont protesté parce que l’administration de la prison a décidé de les priver de certaines choses qu’ils avaient auparavant, comme le téléphone et internet », a déclaré à l’AFP Abderrahim Mouhtad, président de l’association Annassir qui défend les prisonniers salafistes. Une décision prise à la suite de la découverte d’une vidéo récemment diffusée sur Youtube où l’on voit des prisonniers salafistes protester contre leurs conditions de détention.

Les violences ont repris mardi matin, avant que la prison ne retrouve le calme le jour-même. Déjà, en mars, les salafistes de Salé ont tenu un sit-in à la prison de Zaki, protestant contre leur condition d’incarcération et des procès qui tardent à se tenir.

Marrakech 2011 : un remake de Casablanca 2003 ?

Le mouvement de protestation du 16 mai, à la prison Zaki, est intervenu le jour même de la commémoration des attentats de Casablanca, le 16 mai 2003. Alors que la MAP avance que ce sont les salafistes qui ont contraint les forces de sécurité à intervenir « pour rétablir l’ordre », d’autres sources proches des détenus prétendent qu’une opération de police aurait été prévue ce jour-là pour « anticiper une réaction hostile des salafistes. » Au même moment, un juge d’instruction antiterroriste de Rabat à inculpé les sept suspects dans l’attentat de Marrakech, dont le principal mis en cause est un certain Adil El-Othmanie, présumé cerveau de l’attentat, imprégné des idées jihadistes et ayant affiché son allégeance au réseau Al-Qaida. Les prévenus, originaire de la ville de Safi, à 300 km au sud de Casablanca, sont accusés de «constitution de bande criminelle en vue de préparer et commettre des actes terroristes, de porter gravement atteinte à l’ordre public, d’assassinat avec préméditation et guet-apens, détention et fabrication d’explosifs et appartenance à un groupe religieux interdit».

L’un des plus importants mouvements islamistes du Maroc, Al Adl Wal Ihsane (Justice et bienfaisance), interdit mais toléré et présidé par le cheikh Abdessalam Yassine, avait fermement condamné l’attentat de Marrakech. « Nous condamnons cet acte barbare quels qu’en soient les responsables, et réaffirmons note rejet de toute forme de violence », avait indiqué l’organisation dans un précédent communiqué, au lendemain de l’attaque. Justice et bienfaisance affirme que ses actions sont éloignées de celles perpétrées à Marrakech. Cependant, en février 2007, une centaine de militants de ce mouvement islamiste avait été arrêtée dans différentes villes marocaines dans le cadre d’une vaste campagne de prévention d’attentats terroristes. Une opération qui s’était déroulée quelques semaines avant l’attentat d’un cybercafé, le 11 mars, à Casablanca, faisant un mort parmi les kamikazes, et l’attentat raté de Meknès en août de la même année.

Le scénario de cette année rappelle étrangement, mais à un degré moindre, les attentats de mai 2003. Les salafistes ont été les premiers à être visés par la police. Ainsi, au lendemain du carnage de Casablanca qui a fait 49 morts dont 12 kamikazes, une chasse aux islamistes a été ouverte cette année-là. Au total, 2 112 islamistes ont été inculpés, 903 d’entre eux condamnés, et 17 peines de mort ont été prononcées. Des procédures vivement critiquées par les organisations internationales de défense des droits de l’homme. Les salafistes sont une fois de plus pointés du doigt. Le palais va-t-il procéder à une nouvelle rafle ?