Maroc : la critique du roi mène toujours à la prison

Walid Bahomane, 18 ans, a comparu mardi devant le tribunal de Rabat, au Maroc, pour avoir publié sur Facebook des photos et vidéos satiriques du roi Mohamed VI. Cette décision a provoqué sur Internet une levée de boucliers. Les internautes estiment que la nouvelle Constitution n’est en rien une avancée en matière de liberté d’expression.

Au Maroc, il est toujours interdit de critiquer le roi ! Walid Bahomane l’a appris à ses dépens. Le jeune homme, âgé de 18 ans, a publié des photos et vidéos satiriques de Mohamed VI sur internet. Il a été interpellé le 24 janvier dernier par la police pour « atteinte à la sacralité du roi ». Walid Bahomane aurait signé des aveux après avoir été torturé, selon sa mère qui s’est confiée au site d’information Lakome. Elle a également présenté une requête le 7 février à Mustapha Ramid, l’actuel ministre de la Justice et des Libertés, du Parti islamiste Justice et Développement (PJD). Walid Bahomane a comparu le mardi 7 février au tribunal de Rabat, capital du Maroc. Pour le moment, il est placé en détention dans un centre de détention pour mineurs à Salé en attendant son jugement. Selon Lakome, une première audience devait se tenir le 2 février au Tribunal de première instance de Rabat avant que les avocats du jeune homme demandent un report.

La sacralité du roi toujours pas abolie

Walid Bahomane aurait été interpellé suite à une plainte déposée par son ancien ami Abderrahmane Derdiri. Ce dernier l’a accusé de se connecter sur sa page Facebook et d’y publier des images et des vidéos de nature à porter atteinte à la sacralité du roi avec un mot de passe qu’il lui aurait lui-même confié, rapporte Lakome. Une copie de la plainte déposée par la police à l’encontre du jeune homme a circulé sur internet. Selon ce document, la police aurait saisi « deux pages Facebook contenant des phrases et des images insultantes pour les valeurs sacrées, ainsi qu’un ordinateur IBM. » Pourtant, les réformes constitutionnelles de juillet 2011 sont censées apporter davantage de démocratie et de liberté dans le royaume. Mais pas totalement…

Mobilisation de soutien sur Facebook

De multiples internautes en colère contre l’arrestation de Walid Bahomane ont dénoncé le fait que la sacralité du monarque ne soit toujours pas levée. Ils se sont rapidement mobilisés pour soutenir le jeune homme en créant un groupe de soutien sur Facebook : « Mohammed VI, ma liberté est plus sacrée que vous ! ». Les membres y sont invités, selon le réseau Global Voice, à publier des caricatures du souverain. L’un des fondateurs du groupe, la journaliste Zineb El Ghazoui, exilé en Europe, a écrit sur son blog : « Cette arrestation bat en brèche la propagande de l’Etat marocain autour du changement et des prétendues avancées démocratiques ». Un internaute, qui se fait appeler Musdiquearabe, a indiqué sur son compte Twitter : « opération soutien à Walid Bahomane – publions tous sur nos profils la caricature de notre choix ».

La mésaventure de Walid Bahomane rappelle que ce n’est pas la première fois qu’une personne est arrêté pour avoir dérogé à la sacralité du roi. Les cyberactivistes sont depuis longtemps la cible du pouvoir dès le moindre écart. L’un d’entre eux, Fouad Mourtada, a été arrêté illégalement en 2008 et torturé pour avoir crée un faux-profil du prince Rachid, frère de Mohammed VI.

Le chemin est encore long dans le royaume chérifien pour une totale liberté d’expression…