Maroc-France : les dessous d’une colère qui enfle


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François Hollande et Mohammed VI
François Hollande et Mohammed VI

Née de plaintes déposées à Paris par une ONG contre le patron du contre-espionnage marocain, la querelle diplomatique entre le Maroc et la France enfle au point que Rabat a décidé de suspendre tous les accords de coopération judiciaire entre les deux pays. Décryptage.

C’est un véritable coup de froid, subite et brutal, dans les relations entre le Maroc et la France, pourtant deux proches alliés. Depuis une semaine, en effet, rien ne va plus. Mercredi soir, le royaume chérifien a décidé de suspendre les accords de coopération judiciaire entre les deux pays.

Le Maroc, une maîtresse dont on n’est pas particulièrement amoureux

Flash-back : jeudi 20 février dernier, l’ONG Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), dépose deux plaintes pour « complicité de torture » contre Abdellatif Hammouchi, qui se trouve être le Directeur général de la surveillance du territoire (DGST). Le même jour, sept policiers français, profitant du passage de Hammouchi à Paris et de sa présence à la résidence de l’ambassadeur du Maroc en France, lui présentent une convocation émanant d’un juge d’instruction. Sauf que cela n’a pas été fait par les canaux diplomatiques habituels, compte tenu de la situation.

Le Maroc, n’ayant pas apprécié ce geste, rejette les accusations et convoqué l’ambassadeur de France à Rabat. Un bars-de-fer diplomatique est ainsi engagé en Paris et Rabat. En réalité, cet incident avec le patron de la DGST ne serait que la partie visible de l’iceberg. Ces tensions seraient en effet aggravées par des propos peu recommandables sur le royaume chérifien prêtés à l’ambassadeur de France à l’ONU, Gérard Araud. Selon l’acteur espagnol Javier Bardem, producteur d’un documentaire sur le Sahara occidental, M. Araud aurait affirmé en 2011 que « le Maroc est une maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n’est pas particulièrement amoureux, mais qu’on doit défendre ».

Suspension d’accords et rappel à Rabat du magistrat de liaison

Donc cet incident avec le DGST n’est que la goute d’eau qui a fait déborder le vase. Même si lundi soir, François Hollande a téléphoné au roi Mohammed VI pour lui renouveler la « confiance et l’amitié » de la France, selon l’Elysée, cela n’a pas suffit à faire redescendre la tension diplomatique entre les deux pays. Surtout que mercredi soir, le ministère marocain de la Justice, dirigé par l’islamiste modéré Mustapha Ramid, annonçait la suspension des accords de coopération judiciaire et le rappel à Rabat du magistrat de liaison marocain en France.

Quant à la déclaration du ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui a avoué mercredi « qu’il y a eu ces jours derniers une certaine tension. Nous avons donné des explications utiles, regretté des incidents qui ont pu se produire, déploré qu’on puisse donner à cette situation un tour qu’elle ne devait pas avoir. Et j’espère bien que tout cela appartiendra, si ce n’est déjà fait, au passé », inutile de dire qu’elles n’ont pas servi à grand chose, puisque le froid est devenu glacial entre le Maroc et la France.

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Journaliste pluridisciplinaire, je suis passionné de l’information en lien avec l’Afrique. D’où mon attachement à Afrik.com, premier site panafricain d’information en ligne
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