Maroc, faire entrer Internet dans les ménages

L’association marocaine pour Internet (MISOC) milite pour la domestication du réseau par tous les Marocains. Entretien avec Najat Rochdi, la présidente du Misoc, selon laquelle l’élitisme conduit irrémédiablement à une impasse.

Afrik.com : Combien y-a-il d’internautes au Maroc et comment mettre Internet à la portée du plus grand nombre?

Najat Rochdi : Les estimations concernant les internautes au Maroc sont très grossières, mais on peut penser que le chiffre se situe entre 150 000 et 200 000. C’est évidemment très faible si l’on veut réellement prétendre à une société de l’information au Maroc. Mettre à la portée de tout le monde les nouvelles technologies suppose plusieurs éléments. Il faut en premier lieu promouvoir la culture du Net et passer d’un outil Internet élitiste à un outil de travail et de performance. Ensuite, nous devons former et informer sans relâche. Enfin, il s’agit de mettre en place des projets structurants, qui créeront la masse critique nécessaire et feront naître le marché. Cela passe par l’introduction obligatoire d’Internet dans les écoles, les universités, les lycées, sans oublier les ménages par le biais de forfaits à la portée du Marocain moyen.

Seule l’exposition très importante de la population et surtout des jeunes générations à ces technologies, sur une base régulière, leur permettra de devenir culturellement intégrées dans le quotidien et dans la vie professionnelle.

Afrik.com : Qui fréquente les cybercafés ? Est-ce à la portée de tous les Marocains ?

N.R : Oui, ce n’est réellement pas très cher ! Les cybercafés sont vraiment un phénomène social au Maroc qui est révélateur de deux choses. C’est d’abord une manière de régler le problème d’accès aux ordinateurs puisque leur prix reste fort élevé. Le cybercafé, c’est aussi l’adaptation du Net à un environnement communautaire qui, quelque part, rejoint nos habitudes sociales !

Afrik.com : Les autorités marocaines veulent interdire l’accès aux sites pornographiques dans les cybercafés. Est-ce un phénomène spécialement alarmant au Maroc ? Quels sont vos commentaires ?

N.R : Lutter contre les sites pornographiques n’est pas uniquement une priorité du Maroc. Il est du devoir de tout le monde de protéger les mineurs. C’est la même question pour la télé, les revues, les cassettes vidéo. La différence c’est qu’Internet est plus difficile à contrôler. A mon avis, il faut plus éduquer qu’interdire et il faut également responsabiliser. Celui qui veut absolument voir de la pornographie le fera quelques soient les interdits. Le plus important est de sensibiliser. Ensuite, chacun assume ses responsabilités.