Maroc-Côte d’Ivoire : une énergie économique décuplée

A l’occasion de la visite d’État au Maroc du Président ivoirien Alassane Ouattara, s’ouvre aujourd’hui, mercredi 21 janvier 2015, à Marrakech un Forum Economique Maroco-Ivoirien, organisé par la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM). L’occasion, sans doute, de renforcer les échanges entre les deux pays et d’accélérer la « dynamique de co-émergence en marche », pour reprendre l’intitulé de cette manifestation qui illustre la montée en puissance des relations d’affaires entre pays africains.

Sur le plan économique, le Royaume chérifien n’est encore certes que le 25ème fournisseur de la Côte d’Ivoire. Mais le volume global des échanges ne cesse de progresser entre les deux pays. Surtout, la coopération économique maroco-ivoirienne a pris du relief, ces dernières années, avec l’arrivée ou le renforcement en Côte d’Ivoire d’un certain nombre de grands fleurons de l’économie marocaine. C’est notamment le cas dans le secteur financier : Attijariwafa bank est présente au capital de la Société ivoirienne de banque (SIB) depuis 2010 ; la Banque Populaire contrôle 50 % du capital de la Banque Atlantique de Côte d’Ivoire ; l’assureur Saham a fait tomber Colina dans son escarcelle. Le secteur immobilier est également concerné avec Addoha ou encore Alliances qui sont aussi présents en Côte d’Ivoire.

La relation économique entre la Côte d’Ivoire et le Maroc est cependant loin de se réduire à ces seuls grands noms. C’est ainsi que, tout récemment, Akwa Group, via sa fililale Afriquia, société spécialisée dans la distribution de carburant, a pris le contrôle de l’ivoirien Klenzi. Dans un secteur connexe, celui hautement stratégique de l’énergie, une autre entreprise se distingue : Platinum Power. Cet opérateur africain spécialisé dans le développement, le financement, la construction et l’exploitation de projets de production d’énergie à partir de sources renouvelables, est présent à la fois au Maroc – où il bénéficie du statut « CFC » (Casablanca Financial City) et à partir duquel il opère sur le reste du continent – et en Côte d’Ivoire, où il poursuit le développement de trois complexes hydroélectriques.

Il s’agit en réalité d’un des investissements les plus importants, à l’heure actuelle, d’une société marocaine (ce qu’est Platinum Power d’un point de vue juridique) en Côte d’Ivoire. Et pour cette dernière, l’enjeu est de taille. Tout en désenclavant les régions reculées et en électrifiant les zones rurales, il s’agit de répondre aux besoins accrus de son économie et, au premier chef, de son secteur minier. En effet, à l’instar de nombreux pays en Afrique subsaharienne, la Côte d’Ivoire fait face, en effet, à une demande croissante sur le plan énergétique.

Face à la réduction des réserves en énergies fossiles conventionnelles, qui alimentent la majorité de la production nationale d’énergie électrique, le pays a fait le choix stratégique d’enrichir son mix énergétique en énergies propres et renouvelables, notamment hydroélectrique. Or, cette énergie intéresse particulièrement les régions du nord du pays à fort potentiel minier.

C’est dans ce cadre que Platinum Power a conclu un protocole d’accord avec le gouvernement ivoirien, pour lancer le développement des complexes hydroélectriques de Gao, Koulikoro et Tayaboui, qui génèrent une puissance potentielle globale de plus de 200 MW. Ce qui correspond à 10 % de la puissance installée que le Gouvernement ivoirien ambitionne de rajouter pour atteindre 3500 MW, en 2020. Loin d’être négligeable à l’heure où l’enjeu énergétique – et son corolaire, l’électrification – représente incontestablement l’un des principaux défis du développement, commun à l’ensemble des pays du continent.