Maroc : 500 personnes vivent sans identité à Casablanca

Ils seraient près de 500 personnes, voire plus, qui peinent à exister légalement à Casablanca, la capitale économique du Maroc. Qui sont ces parias de l’état-civil ?

Il y aurait à Casablanca, au Maroc, près de 500 personnes à vivre à l’ombre de l’état-civil, selon le Samu Social. Ce chiffre n’inclut pas les quartiers populaires et les bidonvilles en périphérie de la ville. Couples informels, actes de mariage ou de naissance inexistants, cartes d’identité non établis… ces familles peinent à exister dans la plus grande ville du royaume.

L’une de ces principales zones de non-droit est située au pied du phare d’El Hank, à quelques pas des quartiers huppés de Casablanca. De petites maisons y sont construites de façon anarchique à l’emplacement de l’ancien hôpital psychiatrique. « En plus de la peur du regard du voisin, il existe plusieurs trafics dans cette zone, et souvent, des personnes recherchées par la police viennent se cacher ici. Les gens se méfient des étrangers », informe Salmi, 28 ans, rapporte Tel Quel.

Genèse d’un bidonville oublié

Nous sommes au début des années 1990, « Dar Al Kheir » (la maison du bien), l’hôpital psychiatrique d’El Hank, ferme ses portes. Outre les nombreux SDF attirés par le bâtiment vide, les autorités y parquent des familles dont les maisons sont menacées de ruine. Les années défilent, les autorités rasent définitivement l’ancien hôpital et abandonnent complètement cette parcelle de terres ainsi que ses résidents. Un véritable no man’s land en pleine capitale économique où plusieurs mariages et naissances clandestins ont lieu. La population d’El Hank construit des cabanes, sans électricité, sans eau.

«?Cette situation a eu des répercussions psychologiques, surtout sur les enfants, dont une bonne partie a abandonné l’école très tôt et choisi l’anonymat de la vie dans la rue?», témoigne à Tel Quel Miloud El Bouazzaoui, un des responsables du Samu Social de Casablanca. «?Nous nous sommes réunis avec différents responsables de la préfecture, du tribunal de la famille, du service de l’état-civil… Ils ont décidé de collaborer avec nous pour trouver une issue à cette situation », indique Miloud El Bouazzaoui.

Une identité perdue de génération en génération

La tâche s’annonce toutefois difficile. Certaines familles comptent déjà trois générations de sans papiers. La majorité de la population d’El Hank est née sur place et ne présente aucune trace écrite de sa venue au monde. Effectuer un travail de recherche minutieux coûte cher. Les autorités auraient par conséquent accepté d’appliquer la gratuité des procédures ou en facilitant le recours à toutes sortes de preuves pour confirmer les liens de parentés, notamment sur la base de témoignages.

Aussi, « le législateur marocain a prévu des exceptions concernant les enfants qui ne sont pas répertoriés dans les registres de l’état-civil, et prévoit que ces derniers peuvent bénéficier de la scolarité jusqu’au sixième primaire, simplement sur la base du carnet de vaccination?», explique Miloud El Bouazzaoui. Pour le collège, cela ?relève du pouvoir discrétionnaire des directeurs d’établissement, qui peuvent faire des exceptions. Mais pour accéder au lycée et passer son bac, l’élève est bloqué s’il ne dispose pas d’une carte nationale d’identité.

Pour l’heure, une cinquantaine de famille aurait d’ores et déjà reçu un livret de famille. Mais le combat est encore loin d’être achevé. Car même si certains tentent de donner une identité aux gens d’El Hank, le même scénario pourrait bien exister dans de nombreux autres bidonvilles qui ceinturent la plus grande ville du Maghreb.