Mardi calme à Larbaa


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Les gendarmes ont quitté leur brigade dans la nuit du lundi, remplacés par les CRS. Les jeunes manifestants sont dans l’expectative. Faut-il demander aussi le départ de ces derniers? Discussion très animée avec les émeutiers, à 30 mètres de la brigade.

De notre envoyé spécial

Redouane n’en revient pas. Les gendarmes de Larbaa Nath Irathen (ex-Fort National) sont partis dans la nuit.  » Ce mardi est un jour inoubliable. L’armée a cédé, c’est une grande victoire pour les arouch « , se réjouit Redouane.  » Non, il faut que les CRS s’en aillent aussi ! Ils sont tous pareils ! « , tranche Ali,  » émeutier professionnel « . La discussion s’anime près de la brigade de gendarmerie dont le mur est noirci par les pneus brûlés et dont le portail est tordu par les projectiles lancés par les manifestants. Redouane n’en démord pas :  » la fuite des gendarmes ressemble à celle des voleurs « . Ses amis, la plupart lycéens, sont partagés. Dans la nuit du lundi, les policiers ont pris possession de la brigade dès le départ des gendarmes.

On se présente pour notre arrestation

Redouane est dépassé. Ses amis sont pour le caillassage de la brigade, ralliés à Ali. Vers 11 heures, le carrefour menant vers Aïn El Hammam et vers Aït Oumalou est de nouveau bouclé. Les jeunes manifestants s’en prennent au portail de la brigade.  » On va faire comme à Azazga (ville avoisinante, ndlr)! On va brûler cet édifice de malheur « , s’emporte Ali. Les CRS ripostent avec des gaz lacrymogènes. Les manifestants reculent de quelques mètres. Appelés en renfort, des inspecteurs de police en tenue civile mais armés de casques de protection et de matraques arrivent sur les lieux. L’heure est à la négociation. Les policiers promettent de ne pas utiliser la force si les jeunes se retirent mais ces derniers sont en colère suite à l’arrestation, dans la nuit, d’un membre du arch, le docteur Omar Diboune.  » Pourquoi avez-vous arrêté le docteur Diboune ?  » s’indigne un manifestant. Un officier de police répond que le médecin a été relâché dans la matinée.

Trois délégués de l’arouch de Larbaa Nath Irathen arrivent sur les lieux. Ils reviennent du commissariat. Ils demandent aux jeunes de se calmer.  » Nous sommes allés au commissariat pour qu’ils nous arrêtent comme nos camarades. Nous ne voulions pas qu’ils violent nos domiciles et nous interpellent devant nos familles. Les policiers ont refusé et nous ont expliqué, à mots couverts, que notre tour n’est pas encore arrivé « , explique un délégué qui a requis l’anonymat. Il craint  » d’être humilié  » devant les siens.  » Politiquement, nous avons gagné. Le pouvoir a choisi de céder symboliquement mais réprime, dans le même temps, notre mouvement. Il a peur que les citoyens ne lui demandent des comptes. Nous voulons la démocratie et nous l’aurons « , prophétise le délégué.

La route principale

Amar se marre. En vacances dans la région depuis quinze jours, le cadre algérois typique, comme il aime à se définir, a emprunté toutes les rues de la ville sauf la principale.  » Je suis arrivé dimanche vers 18h 30, les émeutes venaient juste de commencer. J’ai dû prendre des raccourcis tortueux. Je connais toute la périphérie de Larbaa, mais pas le centre ville. Je suis admiratif, ces jeunes ont fait plier le régime. Ce serait bien qu’Alger se réveille « , regrette Amar. Redouane et ses amis se regroupent autour d’Amar pour le sensibiliser à  » la cause berbère et à la démocratie « . Amar en est déjà convaincu mais les jeunes sont intarissables.  » La Kabylie ne veut pas l’indépendance mais un Etat de droit, respectueux des différences. Il faut que les autres régions se soulèvent « , espère Redouane. Amar opine de la tête. Il est 19 heures, 20 heures à Paris. L’heure du 20 heures de TF1.

L’après-midi a été tranquille. Les CRS ne sont pas sortis de leur brigade. Les jeunes rentrent chez eux pour regarder des informations sur les chaînes françaises.  » A Tamazirt, c’est la guerre ! Il y a plus de 500 gendarmes qui sont arrivés en renfort « , témoigne Mourad qui vient de se joindre à la discussion.  » On va en discuter après les infos « , tranche Redouane. Le calme règne à Larbaa. Aujourd’hui.

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