Manuel Wandji, l’art de la différence

Chanteur, percussionniste et danseur franco-camerounais de talent, Manuel Wandji sort son nouvel album intitulé « Voyages & Friends » le 15 avril prochain. Cet album, florilège de ses nombreuses rencontres et aventures, mêle une large palette de sons qui offre pour le plus grand bien des fans une harmonie et une musicalité des plus surprenantes. Portrait

Manuel Wandji, un chanteur connu au Cameroun, aux États Unis et en Europe, sort son troisième album intitulé « Voyages & Friends » le 15 avril courant en France. Celui-ci est le reflet d’un long parcours aux quatre coins du monde, de cultures et de rencontres multiples. Ce CD/DVD est le fruit d’un projet global qui allie son et image. « Cet album est le reflet de mes voyages et des amis rencontrés durant ». « Ce sont des amis parfois de très longues dates avec lesquels je voulais vraiment collaborer ». Un titre bien choisi !

« Une couleur particulière à ma musique »

Fan de Fela, de Georges Seba et de Bob Marley, ce grand gaillard aux dreadlocks blondes et aux yeux bleus s’est inspiré des plus grands musiciens et chanteurs pour créer sa propre musique. Il a monté son propre studio pour avoir la liberté de l’exprimer. Même s’il refuse toute étiquette ou case dans laquelle on pourrait l’enfermer, Manuel reconnait que sa musique, bien que plurielle, est dans cet album de style afro-reggae et est essentiellement tournée vers les percussions et la voix qui reprend toute sa place.

Les percussions viennent du monde entier, tient-il à préciser, « c’est ce qui donne une couleur particulière à ma musique ». Ouvert d’esprit, Manuel Wandji s’enrichit de ses nombreuses rencontres et collaborations qui favorisent la multiplicité des univers dans son art. Chanter avec Kenny Muhammad, un pionnier du beat-box aux États Unis, est « un privilège » pour Manuel Wandji. « Je suis très fier d’avoir travaillé avec ce monument de la musique américaine », reconnait gaiement le chanteur franco-camerounais.

« La musique est dehors »

Cette passion pour la musique, Manuel Wandji l’explique par son arrivée au Cameroun à l’âge de 9 ans. Ses racines africaines deviennent une source d’inspiration florissante et perpétuelle. « La musique est dehors. Elle est omniprésente dans la rue, il suffit juste d’y prêter l’oreille », dit-il. « Adolescent, j’étais attiré par les instruments à musique tels que la batterie comme quelque chose sur lequel on peut frapper » (rires).

A l’époque, se remémore-t-il, la musique est facile d’accès pour « nous, les métissés » ce qui permettait son enrichissement par le travail de l’harmonie et du rythme. Aujourd’hui, il ne cesse de se battre pour que ce souvenir se perpétue. Il reproche à la musique actuelle d’avoir pour seul but l’argent alors que dans le temps, « la musique était un Art » et doit continuer de l’être. La musique est devenue industrielle et non plus artistique, déplore-t-il.

« Le rythme, l’énergie et la douceur »

L’amour de la danse lui a inculqué l’importance du rythme. Sa richesse créatrice l’invite à « se plonger dans l’histoire des autres. Le plus intéressant c’est d’apporter du sentiment dans le rythme. Comme j’aime aussi l’aérien et la douceur, j’aime le rythme et l’énergie ». Pour ce nouvel album, ce chanteur et producteur a privilégié les enregistrements acoustiques et a capella. « Ce projet (le nouvel album) m’a boosté et m’a redonné confiance en moi ! ». Il a un côté spirituel et les morceaux sont « codés », précise-t-il.

Le premier « Tam té » était au début un moyen de motiver les troupes de danse « qui m’a semblé être un bon morceau d’intro ». « T’es fatigué » est une composition pour faire la fête. « Sur scène, il fonctionne plutôt bien », se réjouit-il. « Today Obama » est une chanson qui, elle, célèbre l’arrivée de Barack Obama (le premier et actuel président noir aux États Unis) au pouvoir. « Ce fut un moment historique, unique en son genre. Un symbole ! ». La chanson « Be yourself », en version afro-beat, célèbre toutes les origines, prend et n’expose que le meilleur. « La différence est mon crédo. Je refuse la conformité. Dans mon travail, la différence est mise à l’honneur. Sois toi-même, préserves ta différence, c’est ça l’essentiel », transmet Manuel Wandji à travers cette chanson.

« La multiplicité est possible », aime-t-il penser. Par le biais de ce nouvel album, Manuel Wandji espère vaincre, ou du moins essayer, les préjugés qui ont la dent dure. Et ce davantage en France. « Paris est une place unique pour la musique du monde. Le métissage maintenant ancré et crée dans la société n’est pas assez exploité et relayé. Les gens se cantonnent à des idées reçues qui ne sont guère vraies ». La musique « tire vers le bas » au fur et à mesure. « Il faut y remédier ! » finit-il par ajouter.