Manuel des Afrodescendants des Amériques et de la Caraïbe : réponses aux lecteurs

« Des millions d’esclaves africains ont été forcés d’arriver sur notre sol d ‘Amérique. De leurs vies, cultures et civilisations, on ne dit pratiquement rien dans les programmes officiels d’histoire ». La citation provient du Manuel des Afrodescendants des Amériques et de la Caraïbe ( Manual de los Afrodescendientes de las Américas y el Caribe,) publié en 2006 et fruit d’un projet élaboré avec l’UNICEF et Mundo Afro, une organisation de la communauté noire Uruguayenne. Le Manuel a été écrit sous la coordination de l’historien uruguayen Romero Rodríguez, expert en esclavage dans la région.

Y avait-il une quelconque différence entre les expériences des esclaves aux Etats-Unis et ceux en Amérique Latine?

La présence des africains mis en esclavage aux Etats-Unis fut postérieure à celle en Amérique Latine, les premiers arrivèrent au début du 17ème siècle. Fondamentalement, il n y eut pas de différences substantielles, le principe est que des êtres humains furent privés de leur liberté, leurs droits furent niés et ils furent traités comme une marchandise, cela ne changea dans aucune région du continent.

Que signifie être afro descendant dans le contexte actuel. Avoir la peau noire ou être afro descendant ou peut-être aujourd’hui être afro c’est seulement une culture, des coutumes entre autres choses…être afro est-ce indépendant de la couleur de la peau? Je suis noire, mais je ne m’étais jamais identifié en tant que afro descendante, cependant cet article m’a donné à penser plein de choses…

Ketty cordoba, Quibdo, Choco, Colombie

Chère Ketty, un des objectifs du Manuel est de faire connaître notre histoire et notre présent, nous comprenons le terme afrodescendant comme une conquête, étant donné que ce fut le colonisateur et esclavagiste qui nous a défini comme « noirs ». Celui-ci prétendait nous homogénéiser, saboter notre identité, nous enlever notre sentiment d’appartenance. Le terme Afrodescendant porte implicitement notre provenance, revendique notre identité et nos droits.

Quelles ethnies, nations ou groupes tribaux prévalurent dans la migration forcée en Amérique Latine ? Merci et salutations.

Julio Cabrera, Caracas, Venezuela

Cher Julio, ce n’est pas facile d’arriver à établir, avec précision ce que tu demandes, cependant, il existe quelques travaux qui font la lumière à ce sujet. Cela ne fait pas partie des objectifs initiaux de notre projet.

Je voudrais vous demander si un travail a été fait pour savoir quelles étaient les ethnies africaines qui furent emmenées sur le continent américain et le chiffre de 10 millions n’est pas bas puisqu’il y en a qui parlent de plus d’une centaine de millions

Alberto, Mérida, Venezuela

Cher Alberto, effectivement, il existe des divergences en ce qui concerne le nombre d’africains arrachés à leur terre et ceux qui sont arrivés dans des ports américains. Certaines hypothèses indiquent que pour chaque africain arrivé à destination, trois sont morts, en partant du processus de capture jusqu’à l’arrivée à destination. Le concept de la « Route de l’ Esclave », de l’UNESCO, fait référence à la difficulté de quantifier les victimes sur des bases scientifiques, mais a également indiqué de façon claire que parmi les facteurs permettant d’arriver à un résultat, il y avait le manque de volonté politique pour fournir les registres de la part de tous les pays impliqués.

A quoi est dû le fort pourcentage d’ afro descendants au Brésil et dans les Caraïbes par rapport au reste des pays d’Amérique? Et le métissage qui s’est produit par rapport à d’autres pas comme les Etats-Unis ?

Begoña Merino, Madrid, Espagne

Chère Begoña, avant toute chose, on ne doit jamais oublier que le moteur du trafic transatlantique des africains mis en esclavages fut l’exploitation économique des colonies. Le type d’exploitation déterminait la demande de main d’œuvre en esclavage.

Dans les sud des Etats-Unis, les Caraïbes, le Brésil, la Colombie, le Venezuela, l’Équateur et le Pérou, l’existence de nombreuses et immenses plantations et l’exploitation intensive des mines a défini le nombre d’africains emmenés de force.

Avec quelle excuse on arrachait les noirs de leur terre ?

RODRIGO GARCÍA GORGA, SABADELL, ESPAGNE

Cher Rodrigo, il n y avait pas de tromperie. Cette idée, implicitement porte atteinte à la capacité intellectuelle des victimes. On arrachait les africains à leurs terres, on les pourchassait, on les capturait et on les transportait contre leur volonté. Le système disposait d’une ingénierie très complexe, avec une infinité d’acteurs. La définition du commerce triangulaire est celle qui synthétise le plus clairement la son fonctionnement.

Ils partaient avec des marchandises de l’Europe, ils les échangeaient contre des africains capturés, ceux-ci étaient transportés en Amérique et échangeaient des matières premières ou des produits de grande valeur sur le marché européen, en plus de ce qu’ils produisaient sur le sol américain. Le système a fonctionné à la perfection.

M. Romero Rodríguez, avant tout, je suis très heureux de faire votre connaissance et de vous remercier pour votre travail historique sur l’Afrique et ses populations et le génocide produit par l’attitude impérialiste. C’est la même chose qui s’est passée avec les peuples originaires du continent Américain. Cette attitude correspond-elle au Monothéisme Impérial, ou est-ce un problème de testostérone ?

Silvia, Capitale Fédérale , République d’Argentine

Chère Silvia, je voudrais avant tout vous féliciter pour votre sens de l’humour subtile, mais les hommes et les femmes sans distinction ont profité du processus de l’esclavage, de même que les victimes furent des hommes et des femmes.

Au delà de la culpabilité des descendants des esclavagistes pour la maltraitance de leurs ancêtres, des êtres humains d’une manière si irrationnelle, ma culpabilité en tant que afro descendant est d’imaginer que mes ancêtres se sont laissés dominer d’une telle manière que nous portons cette culpabilité dans le sang. Qu’est ce qui a empêché que contrairement à d’autres races qui ont préféré la mort plutôt que d’être dominés, une race aussi forte se soit laissée dominer ainsi?

SONIA SIFONTES, PTO. ORDAZ, VENEZUELA

Chère Sonia, si tu parcours le Guide des afrodescendants ( la Guía de afrodescendientes), tu pourras apprécier comment nos ancêtres se sont battus inlassablement pour résister à la situation à laquelle ils étaient soumis. Le racisme, en tant que système dominant a généré les mécanismes pour nous inculquer une culpabilité qui n’est pas telle, et cela ne passe pas par le sang, c’est culturel. Peut-être tu devrais savoir que après seulement 9 ans de présence des européens dans l’île la Española (1503), quand fut interdit l’ entrée des africains qui incitaient les indigènes à se rebeller. Cette disposition fut abrogée face à l’extinction des natifs et la demande des colons qui voulaient disposer d’une main d’œuvre esclave.

Y a-t-il une autre explication, en plus de l’interdiction du Gral Martinez dans les années 1930, pour qu’il n y ait pas de noirs dans mon pays?

Geovanna Ulloa, San Salvador, El Salvador.

Chère Geovanna, nous sommes encore en train de travailler et d’enquêter sur le cas spécifique du Salvador, car nous ne disposons pas encore de données suffisantes.

Pourquoi au Salvador il n y a pas des personnes de race noire? On dit ici que un certain Gral. Maximiliano Hernandez Martínez (Président de la République dans les années 40 et sympathisant de Hitler) a chassé les personnes de cette race du pays en plus des chinois. Qu’y a-t-il de vrai dans tout cela ?

Francisco Santos, San Salvador, El Salvador

Dans presque toute la région de l’Amérique Centrale, on trouve des descendants d’esclaves africains …ce n’est pas le cas au Salvador. Dans les écoles, on ne nous enseigne pas s’il y a eu une présence d’esclaves africains dans notre territoire, j’ai entendu que un général a interdit qu’on introduise des noirs dans notre pays. S’il y une histoire d’esclaves noirs au Salvador, j’aimerais que quelqu’un qui en sait quelque chose puisse éclairer mes doutes.

Luis pacas, san salvador, el salvador

Pourquoi les noirs ont été choisis comme esclaves? (et on les traitait si mal), et en même temps ça leur convenait que ces mêmes femmes noires allaitent les enfants des blancs ? Ne devraient-ils pas être reconnaissant qu’une femme noire alimente leur enfant pour qu’il grandisse sainement ?

Patricia, ituzaingo, argentine

Chère Patricia, le processus esclavagiste fut cruel en lui-même, le facteur fondamental de la relation maitre – esclave était d’établir une domination absolue sur l’individu, le réduire à la soumission. La sévérité de la traite était liée à ce fait. Concernant les femmes qui allaitaient, il faut tenir compte qu’elles étaient des « pièces d’ébène », biens utilitaires, personne ne remercie une table pour avoir soutenu un vase.

Cher monsieur Rodriguez: Je suis étudiant en histoire de l’Université Central de Venezuela. J’aimerais savoir s’il existe des études sur la « carimba » ou « calimba » en Amérique. Récemment, j’ai découvert dans le Archives de l’Académie Nationale de l’Histoire du Venezuela, le sceau utilisé par les anglais sur les esclaves qui son t arrivés dans ce pays. Je suis en train d’écrire un article à ce sujet .Ou me conseilleriez-vous de le publier ? J’ai les photos du symbole et l’article est très avancé! J’aimerais rentrer en contact avec vous pour vous le faire parvenir. Pourriez-vous m’envoyer votre adresse électronique? Un bonjour du Venezuela

José Rafael Fagundez, Caracas, Venezuela

Cher Rafael, avant tout merci pour ta confiance. Des travaux existent dans la région qui mentionnent la « carimba », je n’en sais pas plus sur le cas spécifique du Venezuela. Le marquage au feu (au fer) était pratiqué dans toutes les colonies espagnoles, une façon de contrôler le paiement des impôts pour les esclaves et neutraliser la contrebande. Si cette pratique fut interdite à partir de 1784, il existe des indices démontrant qu’il fut pratiqué postérieurement.

L’esclavage c’est accepter les « normes » que dicte le « Maître « Martin Luther King et Gandhi étaient des esclaves et n’ont rien obtenu, car en Inde, on continue de pratiquer « la caste » et aux Etats-Unis, le Klu Klu Klan existe toujours. Si on ne l’abolit pas, pourquoi parler de liberté? C’est une supercherie.

Ángel V. Rivas, Caracas, Venezuela

Cher Ángel, avec tout le respect que je te dois, je pense que vous méconnaissez le fondement du combat de ces deux grands hommes. Gandhi a lutté pour l’indépendance de l’Inde de la domination britannique et il ne fut pas esclave. Le Dr. King ne fut pas non plus esclave, et son combat a consisté à obtenir la plénitude des droits civils pour les afro nord américains.

Les inégalités persistent, des groupes réactionnaires, racistes, xénophobes également. Mais personne ne peut nier que la lutte de ces hommes fut précieuse et a eu des résultats positifs.

Est-il vrai que la Banque de Londres et la Royal Insurance furent fondées avec l’argent qui provenait du commerce des esclaves?

Luis González, Belo Horizonte, Brésil

Cher Luis, je ne peux pas être catégorique dans cette réponse, mais l’accumulation de capitaux en Europe était due en grande partie à la Traite Transatlantique et ce qu’elle a produit.

La plus grande partie de la population noire à L.A. est pauvre. Est-ce dû au racisme ou à des problèmes qui proviennent de la période de l’esclavage?

Juan Carlos Cemborain, Caracas, Venezuela

Cher Juan Carlos, le racisme est la conséquence de l’esclavage et la pauvreté est due au racisme.

Cher monsieur Rodríguez. Je suis d’accord avec ce que vous dites, et je voudrais savoir: Quel est le degré d’influence de la culture africaine en Amérique Latine?

Francisco Javier Ruiz, Guatemala, Guatemala

Cher Francisco, l’influence est très large, peut-être qu’on ne peut pas la quantifier, mais vous en trouverez partout. Religion, art dans toutes ses expressions en passant par la cuisine, les vocabulaires, etc.

Ou l’esclavage fut il pratiqué pour la première fois ? Au cours des voyages criminels de vols et de spoliation des européens, les habitants des canaries ne furent-ils pas les premiers à être mis en esclavage? Merci pour vos réponses.

Félix , Lieja, Belgique

Cher Félix, lors de l’expansion vers l’Atlantique, les premières victimes furent les habitants des Îles Canaries, cependant ils ne furent pas les premiers esclaves.

Pourquoi n y a t’il pas de noirs au Mexique?

Leoncio, Lima, Pérou

Cher Leoncio, je te recommande lire de lire la réponse à Arturo Quiroz.

Bonjour Monsieur Romero Rodriguez. Je voudrais que vous m’informiez plus sur les personnages illustres de la culture Afro en Amérique Latine. Des personnes qui se sont battues contre l’odieuse discrimination. Des personnages tels que Benkos Biojo qui ont mené leur lutte pour la liberté, en ce qui concerne la Colombie. Grand merci pour votre attention.

Jorge Andrés Cortés Velásquez, Manizales, Colombie

Cher Jorge, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, il y a eu de nombreux leaders qui ont combattu pour la liberté des africains, Zumbi au Brésil, Makandal et Louverture en Haïti, Miguel et Chirino au Venezuela, Alonso de Illescas en Équateur, Nanny en Jamaïque entre autres. Citer des personnages illustres de la culture afro de la région requiert un travail plus spécifique, étant donné l’amplitude du sujet.

Pourquoi n y a-t-il presque pas des personnes de race noire au Mexique? S’ils ont existé, où sont-ils ? Et pour quelle raison leur population n’a pas augmenté ?

Arturo Quiroz, McAllen , USA

Cher Arturo, avant tout, je dois dire que au début du 17ème siècle, un des principaux ports de destination des africains mis en esclavage était Veracruz.

Deuxièmement, il existe des afrodescendants mexicains, certains concentrés sur la Côte Chica (Oaxaca et Guerrero). Pour votre fierté, l’un des premiers groupes ayant obtenu l’autonomie et la reconnaissance de la Couronne Espagnole (1609), fut celui dont le leader était Yanga, dans les environs de Veracruz. Concernant la seconde partie de ta question, l’immigration européenne a joué un rôle important, en plus des unions avec d’autres secteurs de la population.

Je vous remercierai de m’informer du nombre d’esclaves aux Etats-Unis d’Amérique et le nombre actuel des afro descendants dans ce pays. Je n’ai pas pu trouver cette information, contrairement aux pays de l’Amérique Latine, ou j’ai les statistiques de presque tous les pays( sauf le Paraguay)

HUGO QUINTERO MIÑO, Valparaíso, Chili

Cher Hugo, l’UNESCO établit dans son programme « la Route de l’Esclave », que 10% des africains mis en esclavage sont arrivés sur des ports de l’Amérique du Nord. Notre travail se focalise préférentiellement sur l’Amérique Latine. Concernant le nombre actuel d’afro descendants aux Etats-Unis, les derniers chiffres du Census Bureau indiquent un total de 39,7 millions (estimation pour l’année 2005).

L’initiative du Manuel des Afro descendants ne s’est-il pas également fait avec le soutien et la collaboration du gouvernement Espagnol ?

Jesus Carrasco, Panama, Panama

Cher Jesús, nous avons effectivement pu compter sur le soutien et la collaboration du gouvernement Espagnol.

Ma question est : de quels pays africains provenaient les esclaves? – Pourquoi au Chili il n’existe pas de registres d’Esclaves?

Juana Salazar, santiago, chili

Chère Juana La division politique actuelle en Afrique est un produit de la colonisation européenne jusqu’à après la première moitié du 20ème siècle Pour cette raison dans notre cas, nous ne parlons pas des pays d’origine. L’une des méthodes utilisées pour cela est l’appartenance à des troncs – branches linguistiques et /ou des groupes ethniques.

En ce qui concerne les registres d’esclaves, il en existe au Chili. Il n y a pas assez de recherches et la diffusion doit être plus grande. Dans le Nord (Arica), il y a deux organisations afrochiliennes qui travaillent actuellement.

Je voudrais savoir de quels pays d’Afrique provenaient la majorité des esclaves arrivés au Venezuela. Merci.

Ana cordero, bogota, colombie

Chère Ana, je vous répond la même chose que à Juana du Chili. La division politique actuelle en Afrique est un produit de la colonisation européenne jusqu’à après la première moitié du 20ème siècle Pour cette raison dans notre cas, nous ne parlons pas des pays d’origine. L’une des méthodes utilisées pour cela est l’appartenance à des troncs – branches linguistiques et /ou des groupes ethniques.

De quelle partie spécifique de l’Afrique arrivèrent les esclaves qui vivent actuellement sur la côte de Barlovento au Venezuela? Y a t’il eu des esclaves d’origine africaine au Chili? Merci et continuez votre précieux travail.

Rodrigo Frez, Stockholm, Suède

Cher Rodrigo, selon les enquêtes – les recherches effectuées à cet effet, au 18ème siècle, des africains de la région de Côte d’Ivoire et de la Côte d’Or arrivèrent à Barlovento, lesquels furent enregistrés en tant que « Minas », leur port d’origine. Dans le cas chilien, il y a effectivement eu des esclaves mis en esclavage, il y a des afro descendants de nos jours localisés dans leur majorité dans le nord du pays.