« Mandela, un long chemin vers la liberté » : dans les yeux de Madiba

Mandela, un long chemin vers la liberté de Justin Chadwick, l’adaptation cinématographique autorisée de l’autobiographie de Nelson Mandela, est sortie en salles ce mercredi. Une fresque intime, à la fois concise et complète mais surtout magistrale, sur un homme qui acceptera en toute conscience de se sacrifier pour libérer son peuple.

Un nom prédestiné – Rolihlahla – (fauteur de troubles) pour le combat d’une vie : un homme, une voix. Mandela, un long chemin vers la liberté, réalisé par Justin Chadwick, est un biopic qui plonge dans l’intimité de Nelson Mandela. Une évidence peut-être puisque le producteur sud-africain, Anant Singh, a obtenu les droits de l’autobiographie du premier Président noir de l’Afrique du Sud, Un long chemin vers la liberté. Le cinéaste britannique filme Mandela, sous les traits d’un Idris Elba tout en virtuosité qui arrive même à s’approprier ce sourire singulier désormais associé à l’icône sud-africaine, en jeune homme de son époque, aimant les femmes qui le lui rendent bien, qui se voit peu à peu sensibilisé à un combat dont il deviendra l’incarnation.

De son initiation dans le Transkei à son emprisonnement, en passant par son engagement politique non-violent, puis clandestin contre l’Apartheid, Justin Chadwick réussit à établir les enjeux d’une vie personnelle envahie par la nécessité d’obéir à une aspiration suprême. Quand Walter Sisulu et Ahmed Kathrada (qui lui rendra un émouvant hommage le 15 décembre dernier, lors de ses obsèques) approchent le jeune avocat, féru de boxe, sa conception de la vie alors quelque peu désinvolte, les convainc pourtant immédiatement qu’il est l’homme qu’il faut au Congrès national africain (ANC). Il deviendra le leader de la branche armée du mouvement, « Umkhonto we Sizwe ».

Mandela, un long chemin vers la liberté est un récit sur Nelson, mais il raconte aussi Winnie. La performance épurée de Naomie Harris, rendue par un regard et une posture savamment cadrés, traduit la position et l’évolution d’une femme qui fut un moyen de pression pour abattre son menaçant époux. Comme Nelson Mandela l’admettait, constat qui généra chez lui une grande culpabilité vis-a-vis de la femme qu’il aimait, la seule victoire du régime ségrégationniste fut d’avoir hypothéqué sa relation avec sa seconde épouse. Les précieux souvenirs collectés pendant leur courte vie de couple seront les béquilles qui le soutiendront durant ces 27 années de prison. Durant cette période, Mama Winnie modèlera, elle, son combat politique à l’aune de la haine dont elle et les siens sont les victimes. Son compagnon choisira à sa sortie un autre voie sans jamais l’accabler.

Nelson Mandela intime

Moins tranchées mais perceptibles également, les tensions qui règnent au sein du collectif qu’il formait avec les 7 autres leaders de l’ANC – Walter Sisulu, Ahmed Kathrada, Govan Mbeki (le père de l’ancien Président Thabo Mbeki), Raymond Mhlaba, Andrew Mlangeni, Elias Motsoaledi et Denis Goldberg – qui seront condamnés avec lui à perpétuité à la fin du procès de Rivonia en 1963. Une collégialité dont il se détacha seulement pour prendre toute sa place de leader. Par exemple, en menant les négociations qui furent un prélude à sa libération. C’est aussi en chef qu’il se conduit en imposant la paix aux Sud-Africains noirs quand le débat fait rage, au propre comme au figuré, sur qui gouvernera l’Afrique du Sud après sa libération le 11 février 1990.

Mandela, un long chemin vers la liberté est un condensé pédagogique de ce que l’on sait de sa philosophie politique, de sa vie et des questionnements suscités par les arbitrages qu’il a faits. Le film rend de nouveau accessible une personnalité qui a déjà fait l’unanimité, aussi bien de son vivant que depuis sa disparition le 5 décembre dernier. Voir le long métrage de Justin Chadwick, c’est ressentir son abnégation, celle de ses compagnons de lutte et d’un mentor, Walter Sisulu. C’est aussi prendre la mesure de la souffrance du clan Mandela, entre autres sa mère, ses femmes Evelyn et Winnie, ses enfants dont son fils aîné, Thembi, qu’il ne pourra pas enterrer.

A travers Mandela, la figure héroïque reconnue, ce sont les millions d’anonymes qui ont combattu pour leur liberté qui sont salués. Mandela, un long chemin vers la liberté s’apparente à un vibrant hommage à tous ceux qui, sur cette terre d’Afrique, magnifiquement célébrée par la chanson de Miriam Makeba présente sur la bande originale du film, et de par le monde aspirent à voir respecter leurs droits en tant qu’être humain.

L’arrivée de Mandela, un long chemin vers la liberté sur les écrans fut également un long processus qui s’étendra sur 16 ans. Le résultat, entre anecdotes et faits marquants, un film équilibré dans l’interprétation et la transcription de la vie de Nelson Mandela pour évoquer l’une des figures marquantes du 20e siècle. Depuis longtemps, il est un héros qui rappelait chaque fois qu’il le pouvait qu’il n’est pas un saint. En cela, l’adaptation cinématographique de son autobiographie, exercice singulier et démarche jusqu’ici inédite, car elle embrasse Mandela dans sa globalité, lui reste fidèle.

 Mandela, un long chemin vers la liberté de Justin Chadwick

Avec Idris Elba, Naomie Harris et Tony Kgoroge

Sortie française : 18 décembre 2013

 Le site international du film

 Le site sud-africain du film