« Mandela » bientôt marque déposée

Nelson Mandela est décidé à en finir avec l’usage commercial qui est fait de son nom et de ses nombreux surnoms en Afrique du Sud. Il a délégué les droits sur son patronyme à sa Fondation caritative, qui s’attache aujourd’hui à rendre exclusif l’usage des noms et de l’image du symbole de la lutte contre l’Apartheid.

Nelson Mandela Fine Art, Madiba Trust, Nelson Mandela Panel Beaters, Madiba nineteen business services, Madiba stores… Des livres, des fenêtres, des services, des bijoux, des vêtements…le nom du respecté et influent ex-chefs d’Etat sud-africain fait vendre. Ils sont près de deux cent entrepreneurs, en Afrique du Sud, à avoir baptisé depuis des années leurs sociétés privées du nom de « Nelson Mandela » ou de l’un de ses surnoms, « Madiba » – le nom de son clan – ou « Rolihlala » – son nom en Xhosa. Une pratique à laquelle le principal intéressé a décidé de mettre fin. Il a délégué tous les droits sur son patronyme à la Fondation Nelson Mandela, créée en 1999 « pour poursuivre [ses] idéaux et [ses] buts ». C’est à elle qu’il revient aujourd’hui de rendre exclusif l’usage des noms et de l’image du symbole de la lutte contre l’Apartheid.

« Cela fait trois ans que nous avons saisi la justice pour enregistrer le nom de « Nelson Mandela ». La procédure est longue et elle ne va aboutir que dans trois à quatre mois. Par contre, nous venons juste de le faire pour ses surnoms « Madiba » et « Rolihlala », ainsi que pour son numéro de cellule, 46664. En attendant, nous envoyons des courriers aux sociétés qui utilisent ces substantifs pour qu’elles cessent de le faire. Lorsque nous les auront enregistrés, plus personne n’aura le droit de les utiliser. Les firmes qui continuerons à le faire seront poursuivies en justice», assure Don Mac Robert, l’avocat de la Fondation Nelson Mandela. Le juriste estime à des centaines de milliers de dollars les pertes de la Fondation en raison de cette pratique.

« Plus qu’un nom, un symbole »

Du côté des sociétés visées, les réactions sont mitigées. « Le nom de mon commerce n’a rien à voir avec Nelson Mandela », déclare sans autre forme d’explication le directeur de « Madiba Promotion », sis à Johannesburg. Lucas, de « Madiba auto electrical », se veut plus compréhensif. « J’utilise le nom Madiba depuis 1994. Je crois pouvoir dire que j’ai été l’un des premiers à le faire dans le pays. A l’époque, je cherchais un nom que les gens reconnaîtraient immédiatement, qui signifiait quelque chose pour ce pays, ainsi que pour moi. Si Madiba y voit un problème, alors c’est discutable. Mais j’aimerai essayer de le garder. Si on peut me montrer que je fais du mal en utilisant ce nom, j’arrêterai. Il est juste de dire que l’usage du nom de Mandela lui revient ! Mais il faut également voir qu’il est plus qu’un simple nom, il est un symbole. » Un symbole que Don Mac Robert ne veut plus voir utilisé. « Nous faisons cela pour empêcher toutes ces personnes de faire leur communication à peu de frais. Pour les empêcher d’utiliser la notoriété de Nelson Mandela, et parfois de lui faire du tort. »

Son dernier combat concerne l’utilisation du « 46664 », le numéro de cellule que Nelson Mandela a porté en prison 18 ans durant. C’est ce même numéro que Nelson Mandela et sa Fondation ont choisi voilà un an comme emblème de leur campagne de lutte contre le sida. Une chanson, « 46664 (A long way to freedom) », a ainsi été écrite, et un concert organisé, en novembre 2003, avec Beyonce, Baaba Maal, Bono, Johnny Clegg, Eurythmics, Zucchero… Un site Internet 46664 existe, où l’on peut acheter l’album et le DVD 46664, des tee-shirts, casquettes et autres vêtements griffés du désormais célèbre numéro – tous les bénéfices allant à la lutte contre le sida. Will Smith et Brad Pitt ont été fait ambassadeurs du 46664 dans le monde. Mais lorsque la Fondation a souhaité enregistrer le nombre pour en faire le numéro d’appel de l’opération de lutte contre le sida, elle a découvert que la société Investgold, qui vend des pièces de monnaies, notamment à l’effigie de Nelson Mandela, l’utilisait déjà. La Fondation a aujourd’hui récupéré le numéro, à l’amiable, après quelques mois de discussions et après avoir menacé Investgold de porter l’affaire en justice. Mais la question de la frappe des pièces est toujours en suspend.

Les admirateurs de l’icône sud-africaine, dont le rôle aurait été déterminant dans l’obtention par son pays de l’organisation de la Coupe du monde 2010, sont partout. Les Madiba sont en Californie (cabinet de consulting), à New-York (restaurant de cuisine sud-africaine), à Zurich (Agence immobilière), en Allemagne (Agence de tourisme), ou encore en France. Mais attention aux méprises. « Lorsque nous avons fondé notre société de tourisme d’affaires, nous avons fait une sorte de brain-storming pour trouver un nom. Un de mes collaborateurs s’est souvenu du mot « Madiba », qu’il avait vu je ne sais où, et l’a proposé. Nous avons trouvé que cela sonnait bien, nous l’avons adopté et breveté en France. Mais cela n’avait aucun rapport avec Nelson Mandela ou l’Afrique du Sud, que nous ne desservons même pas », explique Véronique Baglieri, de « Madiba Incentive ». « Par contre, précise-t-elle, lorsque nous avons découvert que Madiba désignait également Nelson Mandela, je dois avouer que nous avons été très agréablement surpris. »