Mamane fait son Show !

Découvert grâce aux « Jokes session », Mamane, humoriste d’origine nigérienne qui tourne déjà depuis plusieurs années en France, sera sur la scène du Café de la danse les mardi 18 et mercredi 19 avril prochains. Il revient sur la scène parisienne avec son spectacle, le « One Mamane Show », au style original et percutant.

Par Vitraulle Mboungou

D’origine nigérienne, résidant en France depuis une dizaine d’années, Mamane a choisi l’humour comme moyen d’expression pour faire passer des messages profonds. Allant d’une culture à l’autre, celui qui se définit comme un Africain dans l’âme – il a grandi un peu partout sur le continent, au Cameroun et en Côte d’Ivoire notamment – et un Français de cœur, aborde avec finesse les sujets qui fâchent. Il dénonce les contradictions et les absurdités du monde actuel : la bêtise, les injustices, le racisme et le problème des Sans-papiers. Pas encore très connu au sein de la communauté afro de France, cet humoriste engagé au style percutant et original, gagnerait véritablement à l’être

Afrik : Vous commencez à vous faire un nom dans la communauté afro, notamment grâce à vos participations aux  » Jokes session » et  » Barres de rire ». Mais qui est Mamane ?

Mamane :
Je suis tout simplement un humoriste né en Afrique, ou un humoriste africain résidant en France depuis une dizaine d’années, qui donne sa vision du monde.

Afrik : De quoi parle votre dernier spectacle ?

Mamane :
Il est souvent question dans mes spectacles de l’actualité internationale. Beaucoup d’humoristes refusent de parler des sujets qui fâchent, ce n’est pas mon cas. Je suis né en Afrique, au Niger et en tant qu’Africain, je me dois de parler des problèmes de ce continent, sans évidemment tomber dans le misérabilisme. J’ai également envie de montrer une Afrique positive et dynamique, celle qui bouge et qui gagne. Montrer que ce continent n’est pas synonyme de misère, qu’il y a beaucoup d’initiatives qui se mettent en place, notamment grâce à Internet qui permet à l’Afrique de rester dans la marche du monde. Il est aussi question dans mon spectacle, des dictateurs africains, du drame des Sans-papiers. J’ai d’ailleurs choisi d’incarner le personnage d’un travailleur immigré dans son vestiaire avec sa tenue de balayeur. Je voulais rendre hommage à tous ces hommes qui travaillent très dur, qui ne volent pas, ne dealent pas et qui subissent, malgré tout, le racisme et la précarité. Beaucoup de jeunes français sont descendus dans la rue ces derniers jours pour dénoncer la précarité dont ils sont victimes, mais j’estime qu’il n’y a pas plus précaire en France qu’un travailleur immigré. Je parle aussi de cette jeunesse africaine qui meurt sur les côtes espagnoles en voulant fuir la misère de leurs pays respectifs, des injustices de notre monde, de la mondialisation…En somme, j’aborde des sujets sombres pour en faire quelque chose de drôle.

Afrik : On peut donc dire que vous êtes un humoriste engagé ?

Mamane :
Je suis effectivement un humoriste engagé même si pour moi, l’engagement est un travail de tous les jours.

Afrik : Quand verra-t-on Mamane en Afrique ?

Mamane :
Je suis un amoureux de ce continent, je rêve d’y jouer un jour. Une tournée est justement programmée pour 2007. Ce qui est dommage, c’est que je suis obligé de passer par les centres culturels français.

Afrik : Quelle est la réaction du public à la fin de vos spectacles?

Mamane :
J’ai un public majoritairement franco-français. Il n’est pas choqué par les thèmes abordés dans mes sketches, mais plutôt interpellé. Ils sont généralement satisfaits car beaucoup viennent me voir à la fin du spectacle pour me féliciter et discuter. Ils sont conscients qu’il s’agit d’un Français qui leur parle de la France, et non un humoriste noir à l’esprit revanchard. Ils sortent de là avec un sentiment de fraternité.

Afrik : Y-a-t-il beaucoup de personnes de la communauté afro dans votre public ?

Mamane :
Avant il y avait très peu d’Africains ou d’Antillais dans mon public parce qu’ils ignoraient tout simplement mon existence. C’est grâce aux médias comme le vôtre et à mes différentes participations à des spectacles tels que « Jokes session » que je commence à me faire connaître d’eux. Il y en a donc de plus en plus qui viennent assister à mes spectacles, notamment à Paris. Depuis près d’un an, je remarque qu’il y a une véritable demande de la part de ce public, ils cherchent des comiques qui parlent de leur vécu. Mais ils restent malgré tout minoritaires.

Afrik : Qu’est ce qui vous a poussé à devenir comédien ?

Mamane :
Je suis devenu comédien par hasard. J’étais étudiant en troisième cycle de physiologie végétale lorsqu’un ami m’a convaincu de participer à un atelier de théâtre. Il m’a demandé de remplacer quelqu’un qui était absent, j’ai écrit un sketch pour eux que j’ai ensuite joué sur scène. J’ai eu un accueil très favorable du public, j’ai adoré l’expérience, et depuis je n’ai pas arrêté. Sinon, je n’ai jamais rêvé de devenir comédien.

Afrik : Avez-vous été particulièrement inspiré par certains comédiens ?

Mamane :
Non. Mes influences viennent surtout de la bande dessinée. Mes modèles seraient plutôt les dessinateurs politiques caricaturistes. Je les admire énormément, ils sont très forts ! En un seul dessin, ils arrivent à faire passer un message tout en étant drôle. J’aime beaucoup les humoristes camerounais, car ils utilisent beaucoup l’auto-dérision comparés à ceux de l’Afrique de l’Ouest, une région très marquée par l’Islam. Ils sont très présents dans les journaux africains. Les Ivoiriens ont également beaucoup d’humour, même s’ils en ont perdu un peu ces trois dernières années (rires). L’humour est un excellent moyen pour supporter les situations difficiles.

Afrik : Vous êtes en représentation deux soirs de suite au Café de la danse. Avez-vous d’autres dates de prévu ?

Mamane :
Après les deux dates au Café de la danse, j’ai envie de parcourir la Provence, je vais donc faire une tournée là-bas, avant de revenir à Paris l’automne prochain.

Afrik : Vous vous produisez rarement à Paris. Pour quelle raison ?

Mamane :
Tout simplement parce qu’il est très difficile de remplir une salle à Paris, il faut pour ce faire avoir une promotion incroyable. Comme les salles parisiennes sont en plus très chères, on joue souvent à perte. Je préfère donc jouer en Provence dans des salles de 400 ou 500 places ou dans des centres culturels. C’est comme ça que j’ai réussi à avoir une certaine notoriété. C’est ainsi aussi que Laurent Ruquier m’a remarqué et m’a recruté pour être un de ses chroniqueurs à Europe 1 une fois par semaine.

Afrik : Peut-on alors espérer vous voir bientôt à la télévision ?

Mamane :
Peut-être pas tout de suite, je préfère y aller doucement, étape par étape. Ce n’est pas un objectif que je poursuis de manière acharnée. J’ai toujours refusé de faire de la télé jusqu’à présent car je m’en méfie énormément. Elle me fait peur : on peut montrer très vite mais redescendre aussi très vite. Je préfère rester fidèle à la scène, là au moins le public est toujours présent, il n’y a pas de risque qu’il te jette du jour au lendemain. Prenez des gens comme Djamel Debouze, il fait beaucoup de télé et de cinéma mais il continue toujours de faire de la scène. Je ne suis pas non plus en train de cracher sur la télévision, j’attends simplement qu’une bonne opportunité se présente.

« One Mamane Show » au Café de la danse à Paris

Mardi 18 et mercredi 19 avril à 20h30 – Entrée : 15€

5 passage Louis Philippe – 75011 Paris

Métro : Bastille

Tel : 01 47 00 57 59