Malitel courbe l’échine

Privé de financements externes à cause de son statut juridique encore mal défini, l’opérateur GSM malien Malitel ne peut pas améliorer et développer son réseau. Plus aucune ligne n’est disponible, sauf au marché noir. L’unique opérateur national du secteur devra bientôt faire face à l’arrivée d’un concurrent de poids : France Telecom. Interview de Roland Doulut, directeur technique.

Engorgement du réseau, mauvaise qualité de réception, programme d’investissement bloqué, l’unique opérateur GSM malien, Malitel, connaît actuellement une passe difficile. Aucune ligne supplémentaire n’est disponible dans le pays, sauf au marché noir. Noeud du problème : une situation juridique en suspend qui bloque l’octroi de financements externes, les bailleurs de fonds attendant d’y voir plus clair. Une situation d’autant plus délicate que Malitel devra bientôt faire face à l’arrivée de France Telecom sur le marché national.

Afrik : Quel est le statut juridique de Malitel ?

Roland Doulut : Malitel a été créée en octobre 2000. A l’origine, elle appartenait à 56% à la Société de téléphone malienne (Sotelme, l’opérateur national) et 44% à des privés maliens. Mais la Banque mondiale qui avait estimé que la création de la société ne s’était pas faite dans les règles, a demandé au gouvernement de racheter les parts du privé. Ce qu’à fait l’Etat mais il n’a pas fini de rembourser les opérateurs. Notre statut juridique n’est donc pas encore clairement établi.

Afrik : Quels en sont les conséquences ?

Roland Doulut : Cela bloque l’arrivée de bailleurs de fonds externes. Ce qui entraîne de grosses difficultés de financement. Pour l’heure, tous les investissements ont été faits sur fonds propres, grâce au cautionnement des lettres de crédit par Sotelma. Mais les conséquences directes sont que nous ne pouvons pas investir pour développer le réseau conformément au Plan schéma directeur de développement et nous ne pouvons pas satisfaire la demande.

Afrik : Quels genres de problèmes techniques connaissez-vous ?

Roland Doulut : Des problèmes de saturation de réseau dans certaines zones de Bamako ainsi que des problèmes de qualité (trous de couverture ou interférences). Pour la Coupe d’Afrique des nations 2002, nous avons dû faire des extensions de réseau de 20 000 lignes en province et sur la capitale. Mais comme nous n’avions pas les financements nécessaires, nous avons fait le minimum. Sur Bamako nous n’avons pas pu installer les 5 sites radio nécessaires pour absorber correctement le trafic. Leur construction est actuellement en cours.

Afrik : Est-il vrai que vous n’avez plus aucune nouvelle ligne de disponible ?

Roland Doulut : Sur Bamako, il nous reste le strict minimum pour faire face à de grands événements, comme des rencontres et séminaires internationaux. Par contre, nous avons encore des disponibilités dans les villes de province où nous allons lancer une campagne de ventes de lignes postpayées (abonnements, ndlr). Nous ne vendrons pas de lignes prépayées car nous avons constaté qu’un trafic s’était installé. Les gens les achètent en province pour les revendre au marché noir à Bamako. La ligne normalement vendue 35 000 FCFA est alors vendue jusqu’à 125 000 F CFA.

Afrik : Cela prouve tout de même le bon potentiel du secteur

Roland Doulut : Effectivement et il est même impressionnant. Nous avons 50 000 lignes installées aujourd’hui (10 000 abonnements et 40 000 en prépayés ). Lorsque nous avons mis an vente les 20 000 premières lignes, il y avait tellement de monde qu’il a fallu faire appel à la gendarmerie pour éviter les débordements. Nous les avons vendues en moins de 3 semaines. Mais on peut estimer, sans prendre de risques, le potentiel à court terme, disons deux ans, à 300 000 lignes.

Afrik : France Telecom a décroché, il y a un mois, la seconde licence GSM du pays. Redoutez-vous l’arrivée d’un tel concurrent ?

Roland Doulut : Vous savez, il y a de la place pour deux opérateurs au Mali. Mais évidemment, pour que Malitel puisse résister il faut qu’elle puisse investir. Et cela ne pourra se faire que si sa situation juridique est clarifiée rapidement et si l’Etat obtient de la Banque Mondiale de laisser Malitel et la Sotelma rechercher des financements externes. Si ces conditions ne sont pas remplies très rapidement alors Malitel connaîtra de très grandes difficultés.