Mali : Tombouctou boude la Présidentielle

Contrairement à Bamako, la campagne présidentielle ne bat pas son plein à Tombouctou, dans le nord-Mali, où les blessures de la crise malienne sont toujours saillantes.

Difficile à Tombouctou de consacrer toutes ses pensées à la Présidentielle qui aura lieu le 28 juillet. Dans cette mythique ville du nord-Mali, le cœur n’est pas au scrutin. Il n’y a pas d’engouement non plus pour la campagne. Aux différents meetings des candidats au scrutin, il y a très peu de personnes. « Et ce n’est pas seulement à cause du mois de Ramadan », le mois de jeûne musulman, confie à l’AFP, Oumar Baba Haïdara, militant de l’Union pour la République et la démocratie (URD) de Soumaïla Cissé, l’un des grands favoris du scrutin, originaire de la région de Tombouctou.

Il y a une bonne raison pour laquelle les habitants de Tombouctou ne portent pas d’intérêt à la Présidentielle. « Nous sortons à peine de la guerre. Le cœur n’est pas à la joie, à la fête. Mais je crois que les gens vont aller voter », note ce natif de la ville symbolique, rappelant qu’elle n’a pas été épargnée par les groupes armés terroristes qui s’en étaient emparés avant qu’elle ne soit libérée par les soldats français et troupes africaines. Les groupes armés ont perpétré de nombreuses exactions dans la ville sainte. Des femmes ont été violées. Des mains et pieds tranchées. Des personnes lynchées. D’autres emprisonnées injustement. Durant l’occupation de la ville, «l’enfer était ici», selon des habitants.

Des Maliens exclus du vote

Et pourtant, c’est bien sur ces ruines des méfaits de la crise malienne que la Présidentielle va se tenir. Dans la ville, les affiches d’une dizaines de candidats, sur les 27 en lice, sont visibles, surtout les favoris au sein de la localité tels que Soumaïla Cissé, Ibrahim Boubacar Keïta, Modibo Sidibé, Dramane Dembélé.

A Tombouctou, même si on ne vit pas au rythme du scrutin, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) se dit optimiste concernant le taux de participation. « Le taux de retrait des cartes d’électeurs est satisfaisant pour le moment », selon Ibrahim Sissoko, président régional de la Ceni. Près de 25 000 électeurs sont inscrits à Tombouctou. Pas sûr toutefois que tous puissent voter. Au Mali, 2 millions de personnes n’ont toujours pas obtenu leur carte d’électeur pour pourvoir se rendre aux urnes, selon les associations de la société civile, qui dénoncent des élections mal organisées, déjà biaisées. De son côté, Ousmane Coulibaly, représentant du ministère de l’Administration territoriale à Tombouctou, assure que « tout le matériel électoral est sur place, nous sommes confiants ».

A l’approche du scrutin, la sécurité a été renforcée ces dernières semaines dans la ville sainte. Près du siège de la Ceni, les militaires maliens qu’on aperçoit restent sur leurs gardes. Selon l’un d’eux, « à cause des élections, nous avons renforcé la sécurité, ce qui est normal, on ne sait jamais. . .»