
L’armée malienne et ses alliés russes de l’Africa Corps ont repris le contrôle d’Anéfis, dans la région de Kidal, après six jours de siège et de violents combats. Le Front de libération de l’Azawad confirme son retrait. Mais la bataille révèle la fragilité du dispositif de Bamako dans un Nord où les indépendantistes touareg et les jihadistes du JNIM coordonnent désormais leurs offensives.
Anéfis est de nouveau au centre de la guerre malienne. Située sur l’axe Gao-Kidal-Aguelhoc, la localité commande les circulations et les ravitaillements vers les dernières implantations gouvernementales de la région. Depuis la chute de Kidal, reprise fin avril par le FLA au terme d’une vaste offensive qui avait également coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara, Anéfis et Aguelhoc figurent parmi les ultimes positions tenues par l’État malien dans cette zone. Pour les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par les paramilitaires russes de l’Africa Corps, perdre durablement Anéfis reviendrait à fragiliser encore leur présence dans une région hautement symbolique. Pour leurs adversaires, la ville représente un levier pour isoler davantage Bamako dans l’Azawad.
Une offensive coordonnée du nord au sud
Les combats ont pris une nouvelle intensité le samedi 4 juillet. Ce jour-là, plusieurs positions maliennes ont été visées simultanément : la ville de Konna et la caserne de Sofara, près de Sévaré, dans le centre du pays, des tirs à Gao, la prison de Kéniéroba à une soixantaine de kilomètres au sud de Bamako, et des bombardements sur Aguelhoc. Ces offensives ont été menées conjointement par le FLA, mouvement à dominante touareg, et par le JNIM, la branche sahélienne d’Al-Qaïda. La simultanéité des assauts, sur des fronts distants de plusieurs centaines de kilomètres, traduit une volonté d’étirer les lignes maliennes au-delà de leur capacité à tenir partout à la fois.
À Anéfis, les assaillants ont pris le contrôle de la ville en quelques heures. Les soldats maliens et les combattants russes se sont retranchés dans le camp militaire, assiégés, dans l’attente de renforts. Dès le dimanche 5 juillet, un premier convoi parti de Gao, à 242 kilomètres, est tombé dans une embuscade à hauteur de Tabrichat et a dû battre en retraite. Un hélicoptère Mi-24 a été abattu lors de ces affrontements, et plusieurs appareils envoyés pour évacuer les blessés n’ont pu se poser. Les jours suivants, le camp a subi des tirs d’artillerie et des attaques de drones kamikazes, tandis que l’aviation malienne menait des frappes sur les positions rebelles.
La reprise, confirmée par le FLA lui-même
Un second convoi, fort d’une soixantaine de véhicules et disposant d’un appui aérien, a quitté Gao dans la nuit du 7 au 8 juillet. Attaqué en route près de Tabankort le jeudi 9, il est néanmoins parvenu à Anéfis dans la soirée. Ce vendredi 10 juillet, l’armée malienne et l’Africa Corps contrôlent de nouveau la ville. L’information ne repose pas sur la seule communication de Bamako car le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, a confirmé à l’AFP le retrait de ses combattants, présenté comme un choix « par stratégie et pour éviter des pertes civiles ». Le mouvement revendique la mort d’un colonel malien et affirme que ses adversaires étaient très majoritairement russes. Ces bilans, comme ceux avancés par l’état-major malien, restent invérifiables de manière indépendante.
La reprise d’Anéfis ne signifie pas pour autant la fin de la bataille. Dans cette partie du Mali, le contrôle du terrain reste mouvant et une ville peut être prise, abandonnée, puis de nouveau contestée sans que la situation soit stabilisée. Les groupes armés disposent d’une forte mobilité, connaissent les pistes et peuvent revenir sous forme d’embuscades ou de raids sur les axes de ravitaillement. Le sort des deux convois partis de Gao l’a montré et tenir la ville ne suffit pas si les routes qui y mènent demeurent sous la menace.
Aguelhoc, prochain point de fixation ?
Si le FLA et le JNIM parvenaient à maintenir une pression durable autour d’Anéfis, la base d’Aguelhoc, déjà exposée et bombardée le 4 juillet, se retrouverait plus isolée encore, dépendante du ravitaillement aérien. Un tel scénario réduirait la présence de l’État malien dans la région de Kidal à quelques emprises militaires coupées de leur arrière.
La bataille confirme par ailleurs une évolution majeure du conflit avec la convergence tactique entre les indépendantistes touareg et les jihadistes. Les deux mouvements ne portent pas le même projet, le FLA inscrit son combat dans la revendication politique et territoriale de l’Azawad, quand le JNIM poursuit un agenda jihadiste régional, mais leurs intérêts se recoupent désormais face à l’armée malienne et à ses partenaires russes. Depuis l’offensive d’avril, plusieurs sources décrivent leurs combattants opérant côte à côte, à Kidal comme autour d’Anéfis. Cette coordination, dont la durabilité reste incertaine, complique considérablement la réponse militaire de Bamako.
Pour la junte au pouvoir, qui affirme depuis plusieurs années que le partenariat avec la Russie doit permettre de reconquérir les zones abandonnées, la reprise d’Anéfis nourrit le récit de la souveraineté retrouvée. Les six jours de siège racontent pourtant un camp encerclé, deux convois attaqués, un hélicoptère abattu, et un adversaire qui choisit lui-même le moment de son retrait. En multipliant les fronts et en contestant les verrous du Nord, le FLA et le JNIM cherchent à démontrer que Bamako peut reprendre une ville sans contrôler durablement le territoire. Reste désormais, pour l’armée malienne, à sécuriser l’axe de Gao, condition sans laquelle Anéfis redeviendra, dans quelques semaines, le théâtre d’une nouvelle offensive.




