Mali : piège en eaux troubles

Au Mali, les sachets d’eau vendus 50 Fcfa dans la rue donnent au consommateur une assurance trompeuse. Le Laboratoire national de la santé émet de sérieuses réserves sur leur qualité. Enquête.

Par Mh. Traoré et B. Touré

A première vue, les sachets d’eau qui coûtent 50 Fcfa inspirent confiance. Leur emballage est rassurant et leur prix, un peu plus élevé que celui des autres sachets, fait croire que le produit est de meilleure qualité. Sans compter que les producteurs ne manquent pas d’imagination dans leurs slogans publicitaires pour appâter le consommateur. Toutes ces raisons font que nombre de nos compatriotes préfèrent acheter des sachets d’eau de 30 centilitres quand ils veulent se désaltérer. Dans les rues de Bamako, la capitale, sur les places publiques, dans les stades de football, ces sachets d’eau ont rapidement conquis le marché. Et par ces temps de forte chaleur, Dieu sait combien de personnes boivent ces eaux quotidiennement.

Pourtant, le Laboratoire national de la santé émet de sérieuses réserves sur leur qualité. Les producteurs inondent le marché en violation de la législation sur la mise en vente des produits de consommation. Sominé Dolo, du Laboratoire national de la santé est formel : « Ces produits n’ont pas notre aval. Or, aucun produit de consommation ne doit être mis sur le marché sans notre avis favorable ».

Plastique inadapté

Quand les sachets d’eau de 50 Fcfa ont commencé à proliférer sur le marché, le Laboratoire national de la santé n’est pas resté les bras croisés. Ses agents ont effectué des descentes dans les unités de production pour se faire une idée des conditions de mise en sachet. « Certaines unités sont installées dans des concessions. Ce qui ne garantit pas les conditions d’hygiène », témoigne Sominé Dolo.

Il y a plus grave. Après analyses sur les échantillons saisis au cours de ces opérations sur le terrain, le Laboratoire national de la santé a constaté que le contenu des ces sachets n’était autre que de l’eau de robinet et que sa qualité pouvait se détériorer pendant la conservation. La raison ? Le plastique utilisé par les producteurs n’est tout simplement pas adapté. Sominé Dolo précise que le plastique adapté pour la conservation de l’eau est le polyéthylène téréphtalae (PET) alors que c’est le polychlorure de vinyle (PVC) qui est généralement utilisé par les producteurs. Le chimiste du Laboratoire national de la santé se pose également des questions à propos de l’encre utilisée pour imprimer les messages sur les emballages. « Cette encre est-elle inoffensive ? Ne peut-elle pas contaminer l’eau contenue dans les sachets ? », se demande-t-il, avouant qu’il n’a pas de réponse à ces questions.

Publicité mensongère

S’il reste à prouver que l’encre peut contaminer l’eau des sachets, les messages qu’elle véhicule ont quant à eux des effets négatifs. Certains producteurs n’hésitent pas à user de la publicité mensongère. Ainsi on peut lire sur des emballages : « Eau naturelle minérale»… Pour tromper le consommateur qui se pose des questions sur les garanties sanitaires, des producteurs comme Mali Djignouman ou encore Dougouwolonwiladji affichent le même message : « Eau potable mise en sachet sous conditions d’hygiène et sous contrôle du laboratoire ». Quel laboratoire ? Mystère. Le même mystère plane parfois sur l’identité des producteurs et l’adresse des unités de production. Sans compter qu’aucune règle d’étiquetage n’est respectée.

Sominé Dolo assure que le Laboratoire national de la santé a constaté la présence d’une vingtaine de marques sur le marché. « Unique Eau », du Nigérian Augustine Uché, est la plus ancienne. Premier à investir le créneau, Augustine Uché, qui se dit diplômé en chimie générale, affirme avoir travaillé chez Coca-Cola pendant 4 ans. Il assure que son procédé de filtrage en 5 étapes permet de purifier davantage l’eau du robinet. Mais cela ne l’a pas empêché d’être épinglé par la Direction régionale du commerce et de la concurrence l’année dernière.

Après l’eau… le lait

En effet, une décision du 21 mars 2002 du ministre de l’Industrie et du Commerce l’autorise à exploiter une unité de traitement et de conditionnement d’eau potable ». Mais les enquêtes ont révélé que l’attestation de contrôle sanitaire dont il disposait n’était valable que du 1er janvier au 31 décembre 2003. Sa production de 2004 n’avait donc pas été soumise au contrôle sanitaire.

Contrairement à « Unique Eau », de nombreuses unités produisent sans aucune autorisation. Le directeur régional du commerce et de la concurrence révèle que ses services ont procédé à la fermeture de plusieurs unités de production qui n’avaient pas le moindre document officiel. Quant à Bamba Keita de la Direction régionale de la réglementation et du contrôle, il assure que la plupart des sachets en vente actuellement n’ont pas l’autorisation de son service. « C’est le même problème pour le lait. Il y a près d’une trentaine de types de laits sur le marché. Seule une dizaine dispose de l’autorisation », révèle-t-il.

 De notre partenaire, L’Essor