Mali : les producteurs de musique en colère

Au Mali, le collectif des artistes et producteurs contre la piraterie pousse un cri d’alarme et de colère. Alors que les deux principales maisons de production musicale sont menacées de fermeture définitive, le collectif interpelle le Bureau malien du droit d’auteur et lui demande de lutter efficacement contre la piraterie.

Communiqué du collectif des artistes et producteurs contre la piraterie

Jeudi dernier, la télévision nationale a montré des cassettes pirates dans le journal de 20h. Des cassettes piratées. Selon le reportage, elles feraient partie d’un lot de 600 cartons saisis par le Bureau malien du droit d’auteur (Bumda). L’opération aurait donc abouti à la saisie de 20 000 cassettes pirates. C’est décidément devenue une tradition, une distraction de mauvais goût au Bumda. Chaque fois que les artistes et les producteurs manifestent leur ras-le-bol contre la piraterie, cette structure tente un coup médiatique en montrant des cassettes saisies comme pour prouver son engagement contre ce fléau. Mais, personne n’est dupe !

Nous n’allons pas rentrer dans la polémique des chiffres. Cela est un vieux débat qui ne sera pas épuisé de sitôt. Notre réaction porte surtout sur l’impact de l’opération et sur sa médiatisation qui frôle le ridicule. A notre avis, cette opération du Bumda est un coup d’épée dans l’eau ! Vingt mille cassettes ! Ce n’est rien par rapport à l’ampleur du crime. Les charretiers continuent de dupliquer nos œuvres au vu et su de tout le monde. Les petits vendeurs de cassette et d’albums piratés circulent en toute impunité dans la ville. Et le Bumda veut nous prouver qu’il est en train d’agir… Au même moment, combien de tonnes de produits piratés sont entrées dans le pays dans des conteneurs ? Quel sort sera réservé aux pirates arrêtés ? Quelle est l’incidence de ce coup d’épée sur la lutte ? Nous attendons qu’on nous donne des réponses à ces questions.

Parce qu’à l’analyse, nous ne voyons pas de raisons objectives qui poussent le Bumda à jubiler face à ce résultat. Pour rappel, une opération similaire organisée par des producteurs l’année dernière avait permis de faire mieux en quelques heures seulement. Il est de notoriété publique que 9 cassettes sur 10 vendues au Mali sont contrefaites. Le pays consomme en moyenne 10 millions de cassettes par an dont 9 millions piratées. Lorsqu’on fait l’opération, on voit que la saisie de 20 000 œuvres illégales est vraiment trop insignifiante pour être brandie comme un trophée de guerre. Elle ne vaut pas le coup de l’ampleur médiatique qu’on lui a donné. Ce n’est d’ailleurs pas le genre de réaction que les artistes et les producteurs attendent du Bumda. Nous voulons des actions inopinées, vigoureuses, efficaces, mais discrètes.

C’est de cette manière qu’il peut réellement prouver son engagement contre ce vol organisé avec de nombreuses complicités. Surtout quand on sait que la saisie est circonstancielle et que, comme d’habitude, elle a moins de chance d’être suivie d’autres actions d’envergure.
Et à notre grande surprise, le même service, au lieu de s’occuper d’assainir le marché pour que Mali K7 et Seydoni puissent réouvrir, délivre des autorisations de dupliquer à l’extérieur. La direction du Bumda sait, en son âme et conscience, que la quantité dont elle autorise la duplication n’est pas suffisante pour qu’on puisse se rendre à l’extérieur pour les fabriquer. On peut donc penser que ceux qui bénéficient de ces autorisations du Bumda en profitent d’une autre façon. Surtout qu’après la délivrance des autorisations, le mécanisme de contrôle ne fonctionne plus.

A chaque mouvement de colère des créateurs, le Bumda agit ainsi pour les calmer. Après, plus rien. Nous ne voulons plus de cette propagande stupide et ironique. Nous attendons des actions concrètes du Bumda. Nous voulons des saisies régulières, nous exigeons que les pirates arrêtés répondent de leur crime avec la dernière rigueur. Au Bumda maintenant de faire ses preuves pour nous convaincre de sa bonne foi et de sa volonté d’assainir le marché. Surtout que les forces de sécurité sont mises à leur disposition pour les besoins de la cause. (A suivre)

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