Mali : la junte désigne un Président militaire, la CEDEAO exige un Président de transition civil

En réunion par visioconférence, ce vendredi, les chefs d’Etat de la CEDEAO, en présence du médiateur désigné pour la crise au Mali, l’ancien Président nigérian, Goodluck Jonathan, ont exigé la mise en place rapide d’institutions de transition civiles en vue d’un retour à la normale au Mali dans un délai d’un an. La junte, pour sa part, a confié la gestion de la transition au colonel Assimi Goïta.

Le point des décisions des chefs d’Etat de la CEDEAO

Voici l’intégralité de l’allocution de clôture du Président nigérien, Président en exercice de la CEDEAO, qui résume toutes les décisions prises à la rencontre de ce vendredi

Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs,
Nous sommes à la fin de notre Sommet extraordinaire virtuel consacré à la crise politique dans laquelle le coup d’Etat du 18 août 2020 a plongé le Mali. Nous avons suivi avec attention le compte rendu du docteur Goodluck Jonathan, médiateur que nous avions chargé de la mission de rencontrer les responsables de la junte militaire pour leur porter le message de notre communauté en vue d’un retour dans les plus brefs délais à une situation institutionnelle normale au Mali. Son rapport circonstancié nous a permis de connaître l’état de la situation et après un examen attentif de la situation, notre Sommet décide de prendre les décisions suivantes :
1) Il prend acte de la démission du Président Ibrahim Boubacar Keïta comme indiqué par le Médiateur qui a été chargé d’en informer notre Conférence ;
2) Il prend acte de la libération du Président Keita ainsi que celle des autres officiels détenus ;
3) Il demande aux Responsables du CNSP d’engager une transition civile immédiatement en consultation avec la Cour Constitutionnelle, les Partis Politiques et les Organisations de Société Civile et tous les autres acteurs engagés ;
4) Il décide que cette transition civile doit prendre en compte les éléments suivants :
(i) Nomination d’un Président de la transition. Cette personnalité, civile, reconnue pour ses qualités professionnelles et sa probité intellectuelle et morale, sera chargée de diriger la transition. Le Président de la transition ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle.
(ii) Nomination d’un Premier Ministre civil, Chef de Gouvernement, reconnu pour ses qualités professionnelles et sa probité intellectuelle et morale. Il sera chargé de conduire le gouvernement sous la responsabilité du Président de la transition. Ce Premier Ministre ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle.
(iii) Mise en place rapide d’un gouvernement pour faire face aux différents défis du Mali et, en particulier, préparer les élections législatives et présidentielles dans un délai de 12 mois.
(iv) Aucune structure militaire ne devrait être au-dessus du Président de la transition.
5) Notre Sommet décide que les sanctions énoncées aux points 13 (h) [Fermeture de toutes les frontières terrestres et aériennes ainsi que l’arrêt de toutes les transactions financières et de tous les flux économiques et commerciaux entre les pays membres et le Mali, sauf pour les denrées de première nécessité, les médicaments et autres produits et équipements de lutte contre le Covid-19, les produits pétroliers, l’électricité, ndlr] et 13 (i) [mise en œuvre immédiate d’un ensemble de sanctions contre tous les militaires putschistes et leurs partenaires et collaborateurs, ndlr] de la Déclaration des Chefs d’Etat et de Gouvernement du 20 août 2020 seront levées progressivement en fonction de la mise en œuvre des décisions ci-dessus ;
6) Il appelle à la finalisation urgente d’un accord sur la transition politique entre la CEDEAO et le Mali et invite l’Union Africaine et les Nations Unies à endosser cet accord ;
7) Il décide de la mise en place d’un Comité de suivi comprenant le Médiateur, le Président du Conseil des Ministres et le Président de la Commission de la CEDEAO, et incluant les Représentants de l’Union Africaine et des Nations Unies à Bamako ;
8) Il félicite le Médiateur et sa Délégation pour les résultats obtenus lors de leur précédente mission ;
9) Il décide de demeurer saisi de la situation au Mali.
Ces mesures contribueront certainement à guérir le Mali des démons du putschisme. Par ailleurs les chefs d’Etats informés du décès du Conseiller diplomatique du Président Ouattara, Mr Mamadou Diané, ont présenté leurs condoléances au Président Ouattara et au Peuple Ivoirien. Ils ont également remercié le Président Muhammadu Buhari pour l’appui logistique à la délégation de la CEDEAO pour sa mission au Mali.
Mesdames et Messieurs,
Le 7 septembre 2020 se tiendra à Niamey, le 57ème sommet ordinaire de notre Organisation. Ce sommet nous permettra de faire le point par rapport à l’évolution de la situation au Mali et de prendre d’autres mesures, le cas échéant.
Pour conclure, Je tiens à réaffirmer au peuple Malien l’engagement de la CEDEAO à ses côtés pour trouver et mettre en œuvre les solutions les meilleures pour la stabilité institutionnelle du Mali.
Je déclare clos les travaux du présent sommet virtuel de notre Conférence.
Je vous remercie de votre attention.

Le colonel Assima Goïta, nouveau chef de l’Etat malien

Les exigences des chefs d’Etat de la CEDEAO risquent de se heurter à la vision des militaires maliens qui, depuis hier, jeudi, ont fait publier au Journal officiel du Niger, un « Acte fondamental » faisant officiellement du chef de la junte, le colonel, Assimi Goïta, le nouveau chef de l’Etat malien. Ce militaire, âgé de 37 ans, a été désigné par ses pairs pour conduire une transition qui se veut militaire, contrairement aux vœux des chefs d’Etat de l’organisation sous-régionale qui, eux, exigent à la tête du Mali une « personnalité, civile, reconnue pour ses qualités professionnelles et sa probité intellectuelle et morale ».

Un nouveau bras de fer est donc en passe de s’engager entre la junte et la CEDEAO qui, comme on vient de le voir, subordonne la levée progressive des sanctions contre le Mali à la mise en place d’une transition civile.