Mali : le billet de 500 FCFA neuf signe extérieur de richesse

Les Maliennes regrettent la disparition des billets de 500 FCFA. Ce billet, affiché en liasses toutes neuves, était l’emblème incontournable d’une certaine aisance matérielle à afficher à tout prix au cours des cérémonies civiles. Pour ce faire, les Maliennes n’hésitaient pas à aller changer des milliers de francs CFA en petites coupures neuves pour mariages et baptêmes, à tel point que les établissements bancaires se retrouvaient en rupture de stock.

Par Barbara Vacher

La disparition[[<*>Depuis le 15 septembre dernier, les billets de 500 francs CFA ont été retirés de la circulation dans toute la zone de l’Union Economique et Monétaire Ouest africaine (UEMOA).]] du billet de 500 francs CFA (d’une valeur d’environ un euro) pose un problème chez les femmes maliennes, particulièrement attachées aux clinquantes cérémonies civiles. L’existence d’une petite coupure leur permettait de se procurer pour les grandes occasions des billets neufs en très grand nombre à distribuer à la volée pour montrer leur rang social. Désormais, bénéficier d’autant de liasses de coupures neuves ruinera deux fois plus les intéressées.

En liasse et flambants neufs

Vieille tradition au Mali pour récompenser les griottes qui chantent des louanges pendant les cérémonies (mariages, baptêmes), la pratique des présents offerts aux griottes repose sur un très ancien cérémonial. « Avant la mise en circulation de la monnaie au Mali, et encore aujourd’hui, des cadeaux de toutes sortes étaient offerts aux griottes : chameaux, nourritures, et même des vêtements. Le cadeau le plus répandu aujourd’hui est le billet de banque flambant neuf, que les femmes lancent par poignées aux griottes, adulées comme des stars », nous rapporte M. Dicko, journaliste à L’Essor. « La cérémonie à Bamako est devenue l’occasion d’étaler ses richesses », continue-t-il.

Le billet de 500 francs CFA, la plus petite coupure qu’il existait jusqu’à septembre dernier, était prisé par les femmes maliennes pour ces cérémonies : neuf et claquant entre les doigts, le billet de banque sorti tout frais des machines, même de petite valeur, est un symbole extérieur de richesse et de prestige aussi couru par les dames de Bamako que la clinquante chaîne en or s’il est étalé en grand nombre. Avant une cérémonie, les « femmes pressent leurs maris d’aller courir dans les bureaux de change pour échanger leurs grosses coupures, parfois jusqu’à un million de francs CFA, contre des petites de 500 », nous rapporte M. Guewassa, qui travaille pour le bureau de change Guewassa à Bamako. « Ces échanges de coupures sont très répandus, et ont lieu par les portes arrières de la Banque du Développement du Mali (BDM) », poursuit-il.

Rupture de stock

Une pratique si courante qu’avant le retrait définitif de ces coupures sur toute la zone de l’UEMOA le 15 septembre dernier (avec une période de transition s’étalant jusqu’au 31 décembre 2004), les banques se sont retrouvées en rupture de stock de petites coupures. Nos confrères de L’Essor rapportent que ces billets étaient devenus si rares que des « cambistes » n’hésitaient pas à se rendre dans les pays voisins pour en importer, notamment au Burkina Faso et au Sénégal. Mais pour M. Guewassa, « il est devenu impossible, tant officiellement qu’officieusement, de se procurer de telles coupures depuis septembre ».

Un véritable problème pour les femmes maliennes, car malgré la disparition des billets de 500 francs CFA, les femmes tiennent toujours au craquement du billet neuf entre les doigts. Pour Fanta, commerçante, « arriver avec des coupures qui ont déjà servi, ce n’est pas sérieux pour un mariage ». « Quand les billets que vous distribuez sont neufs, c’est un symbole d’estime, de respect…de richesse ! ». « Les femmes griottes n’acceptent pas n’importe quel argent », insiste Fanta. Abdoulaye, 44 ans, responsable d’une agence touristique, a eu recours aux billets neufs pour son mariage, mais aussi pour bien d’autres fêtes, comme des baptêmes, des anniversaires… C’est une question « esthétique », ça « impressionne ». « Tout un marché parallèle s’est développé dans les rues. On allait voir des gamins qui échangeaient nos coupures avec de plus petites, contre un bénéfice pour eux. Aujourd’hui avec la disparition de la coupure du billet de 500 francs CFA, cela pose problème. On doit recourir aux billets de 1000 francs : soit cela augmente encore plus les frais, soit cela réduit par deux le nombre de coupures ! ».

On comprend alors mieux la petite agitation qu’avait provoquée l’entourloupe d’un duo de faux monnayeurs de passage à Bamako, qui avaient réglé la totalité de leurs achats par des liasses de coupures neuves de 500 francs CFA. Grande déception pour les dames de la capitale, ainsi que pour le commerçant victime de l’arnaque, qui s’en rendit compte en trouvant que « les coupures ne craquaient pas assez ». Les petits billets ont bel et bien disparu, la richesse sera désormais plus chère à afficher.