Mali : fin du 23ème Sommet Afrique-France

Le 23ème sommet Afrique-France s’est tenu les 3 et 4 décembre 2005 à Bamako (Mali). Placé sous le signe de « la jeunesse africaine », il a rassemblé les représentants des 53 pays africains. Ce sommet a abordé les questions de l’émigration, du Darfour (Soudan), de la crise ivoirienne et de la place de l’Afrique dans le commerce mondial. La jeunesse africaine, mise à l’honneur, a interpellé les politiques présents ce jour là.

Mourad Ouasti

« Le rôle positif de Chirac en Afrique ». Jacques Chirac, le Président français, s’est envolé pour la capitale malienne avec, dans sa hotte, plein de cadeaux pour le continent africain. Lors du 23ème Sommet Afrique-France, qui s’est tenu les 3 et 4 décembre dans la grande salle du Centre international de conférences de Bamako, il a notamment proposé des mesures pour juguler l’immigration et appelé les pays riches a plus de solidarité.

Cinquante-trois pays africains ont participé au Sommet, ouvert sous le thème de la « jeunesse africaine ». La rencontre a mis à l’honneur la Libérienne Ellen Johnson Sirleaf, première femme chef d’Etat africain. Dimanche, une entrée a été remarquée : celle du Président en fonction de l’Union africaine (UA) et du Nigeria, Olusegun Obasanjo, à la tête d’une troïka composée du Président sud-africain Thabo Mbeki, également médiateur de l’UA, et du Président nigérien Mamadou Tandja, actuellement président de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Laurent Gbagbo, le Président ivoirien, s’est fait représenter par son ministre de l’Intégration, Théodore Mel Eg.

La lutte contre la pauvreté et visas pour l’intelligentsia

Jacques Chirac a insisté sur la lutte contre la pauvreté, selon lui cause de l’émigration, en donnant à la jeunesse africaine ce qu’il lui revient de droit pour qu’elle puisse rester chez elle. C’est-à-dire l’éducation, la formation, l’emploi et la santé. Concernant les objectifs de l’aide publique au développement, le Président français a indiqué : « Pour les atteindre, il faudrait au moins doubler l’aide publique mondiale et la porter à 150 milliards (de dollars) par an ». « La France, imitée pour l’heure par un faible nombre de pays, instituera en juillet 2006 une taxe de solidarité sur les billets d’avion, qui rapportera chaque année plus de 200 millions d’euros. J’invite tous les pays intéressés à venir à Paris en février pour une conférence consacrée à cette question, de façon à rendre le mouvement irréversible », a-t-il ajouté.

Selon le chef de l’Etat malien, Amadou Toumani Touré, le nombre de migrants, actuellement de 16,3 millions, risque de tripler très rapidement. Toutefois, Jacques Chirac a annoncé la délivrance de visas longue durée et à entrées multiples à l’intelligentsia africaine. « Entrepreneurs, cadres, chercheurs, professeurs, artistes: leurs activités sont, par nature, liées à l’échange. J’ai décidé de faciliter pour eux la délivrance de visas de longue durée à entrées multiples, c’est indispensable à leurs activités », a-t-il justifié.

Le défenseur des intérêts agricoles français estime que l’Afrique doit occuper sa « juste place » dans le commerce international, particulièrement dans le secteur agricole. Il interpelle les pays industrialisés : « Les paysans africains doivent recevoir la juste rémunération de leur travail. Nous ne pouvons accepter qu’une libéralisation hâtive et généralisée des échanges agricoles ruine les efforts des pays les moins avancés ». A quelques jours de la réunion interministérielle de l’Organisation mondiale du commerce à Hong Kong, Jacques Chirac s’est positionné en avocat inlassable de l’Afrique. Il a lancé de Bamako un appel solennel aux Etats-Unis pour qu’à l’instar de l’Union européenne ils entreprennent de supprimer les subventions de coton.

La crise ivoirienne au cœur des discussions

Le 23ème sommet a également été l’occasion de se pencher sur le conflit au Darfour (Soudan) et la crise ivoirienne. Jacques Chirac a fait part de sa volonté de trouver une issue à la situation tumultueuse que vit la Côte d’Ivoire. Il espère le désarmement et la mise en place d’élections présidentielles sous contrôle de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et de l’UA. Le Président malien, craignant une extension du conflit régionale, a souligné : « Il nous faut la paix en Côte d’Ivoire parce que nous, nous étouffons ». La fin du Sommet a vu la désignation tant attendue d’un Premier ministre ivoirien : Charles Konan Banny, gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest.

La délivrance d’un Sommet peu original est venue d’une Camerounaise de 31 ans, née en France, Marie Nkom Tamoifo. Celle-ci a clairement lancé un ultimatum aux dirigeants Africains et à leur hôte. La semonce parle d’elle même : « Si les politiques ne s’occupent pas de la jeunesse, alors le vent du changement, dans un contexte démocratique, va conduire la jeunesse à s’occuper des politiques afin que les engagements aient un sens ».