Mali : Bamako se heurte de nouveau à la crise du nord

La transition conduite par Dioncounda Traoré après le coup d’Etat du 22 mars a été fixée à 12 mois à la suite de l’accord conclu dimanche entre la junte et la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Mais Bamako devra à nouveau se pencher sur la crise du nord qui s’enlise.

Bamako sort la tête hors de l’eau. La durée de la transition mise en place après le coup d’Etat militaire du 22 mars a été fixée à 12 mois en vertu de l’accord trouvé dimanche entre la junte dirigée par le capitaine Amadou Sanogo et la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (Cedeao). C’est donc Dioncounda Traoré qui continuera à assurer la transition. Et ce décompte de douze mois débutera après les 40 jours de sa présidence par intérim. Il avait été investi le 12 avril dernier à la suite du coup d’Etat qui a renversé Amadou Toumani Touré, mais n’a pas réussi à s’imposer pour sortir le pays de la crise.

Des faveurs pour Amadou Sanogo

Cet accord intervient après des négociations houleuses entre la junte et la Cedeao. Le 22 avril dernier, lors d’une réunion à Abidjan, les chefs d’Etats de l’organisation ouest-africaine avaient fixé la période de transition à 12 mois, invitant les putschistes à « rejoindre leurs casernes ». Une proposition que ces derniers avaient rejetée. Mais pour que les négociations aboutissent cette fois, la Cedeao a dû faire des faveurs au capitaine Amadou Sanogo, qui ne s’est jamais mis à l’écart du pouvoir depuis qu’il a mené le putsch. Selon le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibril Bassolé, « le capitaine Amadou Sanogo a un statut d’ancien chef d’Etat. Il bénéficiera des avantages dus à son rang ». Il aura droit « au traitement et aux indemnités accordés à un chef d’Etat à la retraite. Il aura notamment une garde rapprochée, il sera logé par l’État », a précisé Djibril Bassolé.

Pourtant le chef des putschistes n’avait montré la semaine dernière aucun signe de fléchissement face à la Cedeao. Il avait proposé le lundi 14 mai l’organisation d’une convention avec toutes les forces vives de la Nation pour choisir le président de transition jusqu’à l’élection du prochain chef de l’Etat malien, indiquant qu’il s’agissait d’une « solution à la malienne ». Il avait même réclamé que les Maliens reprennent en main leur pays, demandant au Premier ministre de transition, Cheick Modibo Diarra, d’organiser une convention sous l’autorité de Dioncounda Traoré.

Inquiétudes face au rapprochement du MNLA et d’Ançar Dine

La presse malienne est quant à elle sceptique face à l’évolution de la situation. Si les choses s’arrangent à Bamako, ce n’est pas le cas dans le nord du pays, a rappelé L’Indicateur renouveau. Les deux groupes armés, le Mouvement national de l’Azawad (MNLA) et Ançar Dine, qui contrôlent la région, sont sur le point de trouver rapprochement, rapporte le quotidien. « Ançar Eddine reconnaîtrait donc la revendication indépendantiste ou pour le moins autonomiste du MNLA. En contrepartie, les hommes du colonel Ag Najim auraient accepté de mentionner la nature « islamique » dans la future instance de l’Azawad. A une condition toutefois : qu’il s’agisse bien d’un islam modéré, tel que pratiqué depuis toujours dans la région », indique le journal.

« Le Mali est loin d’être sorti de l’auberge », estime pour sa part Le Républicain. « Et l’apaisement conduisant à la sérénité nécessaire à la victoire totale du Mali sur les enjeux et les défis qui l’assaillent ne serait qu’une vue de l’esprit, une lubie, la poursuite d’un vent tous les jours plus violent », ajoute le journal. Pour L’Indépendant, Dioncounda Traoré « doit s’attacher au plus vite à rendre effectif le déploiement des troupes de la CEDEAO au Nord Mali pour en assurer la libération ». Et le quotidien d’ajouter : « le plus tôt sera le mieux car plus l’occupation va durer, plus cette zone risque de se transformer en territoire conquis d’Al Quaïda au grand malheur du Mali certes, mais aussi de ses voisins immédiats que sont la Mauritanie, l’Algérie, le Niger, voire les Etats occidentaux dont les intérêts se trouveront davantage menacés en Afrique subsaharienne, au Maghreb et en Europe même ».